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  • : Le blog du gueux des bois : invitation aux voyages protestants
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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 21:34
   statue de Christine de Lalaing à Tournai
Alexandre Farnèse, général au service des Espagnols, aurait qualifié Tournai de « Genève du Nord ». En 1566, les protestants représentaient 85% de la population, à en croire le comte de Hornes. L’expression ne semble donc pas exagérée. Pourtant les débuts de la Réforme y furent placés sous le signe de la persécution et des exécutions. La fin tragique du pasteur Pierre Brully, capturé aux pieds des remparts de la ville, puis brûlé sur la grand-place, témoigne de ces temps difficiles. Pourtant le protestantisme finit par y triompher. La réforme calviniste se diffusa par la prédication (clandestine) de l’Évangile, la distribution d’aumône aux pauvres (diaconat) et par les chambres de rhétorique.
Par deux fois, la ville fut assiégée par les Espagnols en 1567 et en 1581, à deux moments où catholiques et protestants des dix-sept provinces furent unis face à la « tyrannie espagnole ». La statue de Christine de Lallaing témoigne de la résistance autant héroïque que vaine de la cité. Après le siège de 1581, les protestants furent condamnés à l’exil ou à la clandestinité. L’enseignement (collège des jésuites) et l’art (Rubens) furent les principales armes de la reconquête des âmes. L’histoire du protestantisme tournaisien ne s’arrête pourtant pas là !
La politique internationale fit de Tournai une place de garnison de la Barrière. Des troupes hollandaises, mais aussi des pasteurs s’installèrent dans la cité aux cinq clochers. L’Église de la Barrière attira les protestants des environs, y compris du nord de la France, jusqu’à ce que triomphe l’esprit de tolérance à la fin du XVIIIe siècle.
L’essentiel de l’itinéraire se déroule dans la ville de Tournai et tente de respecter la chronologie des événements. Les 
 tours Marvis,  vestiges des remparts qui furent le théâtre de la capture de Pierre Brully, sont le point de départ de la visite de Tournai la protestante. Les tableaux d'histoire de Gallait au musée des Beaux-arts présentent les grands acteurs de la révolte des Pays-Bas, tels Philippe II d’Espagne, le duc d’Albe et le comte d’Egmont. La grand-place permet de retracer les grands moments de la Réforme à Tournai : les persécutions avec le beffroi (prison échevinale), la tolérance avec la halle aux draps (temple provisoire) et la résistance avec la statue de Christine de Lallaing. La cathédrale (tableau de Rubens) et le collège des jésuites s’inscrivent dans une logique de contre-réforme. Les maisons romanes, devenues temple, abritent des oeuvres d'art et un service de sainte-cène de l'Église de la Barrière. La visite peut se terminer au magnifique château d'Antoing, qui fut un temps la résidence de Christine de Lallaing. C’est en ses murs que fut préparé le compromis des nobles de 1566. La salle des chevaliers en a gardé le souvenir.
Château d'Antoing 


Etape 1 Vestiges des remparts et tours Marvis

Arrivé en 1544 à Tournai, Pierre Brully peut être considéré comme le premier pasteur de la ville. Mais son ministère fut itinérant et il ne resta pas fixé à Tournai. De passage dans la ville, il est dénoncé à la municipalité et activement recherché. Les portes de la ville sont fermées. La mise à prix est fixée à vingt carolus d’or. Brully se cache et tente une évasion. La tentative se déroule sur les remparts entre les tours Marvis et l’Escaut. La descente à la corde se déroule comme prévu. Pierre Brully touche le sol mais… un de ses compagnons fait tomber une pierre mal scellée qui lui brise la cuisse… Immobilisé par la fracture, il est retrouvé au petit matin par le sentinelle. Après un long procès, il est condamné à être brûlé.

 

Info pratiques

Musée des beaux-arts, enclos Saint-Martin 7500 Tournai

ouvert de 10h à 12h et de 14h à 17h fermé le mardi et le dimanche matin (horaire d’hiver)

ouvert  de 9h30 à 12h30 et de 14h à 17h30 Fermé le mardi  (horaire d’été)

 

Etape 2 Musée de beaux-arts

Le musée des beaux-arts de Tournai fut construit par Horta, le grand maître de l’art nouveau. Il fut inauguré en 1928 et s’organise autour d’un hall très lumineux. Plusieurs tableaux d’histoire de Louis Gallait vont retenir notre attention. Ces œuvres de la moitié du XIXe siècle célèbrent les défenseurs des libertés d’un pays qui allait devenir la Belgique !

L’abdication de Charles Quint  (1841) est la première œuvre majeure de l’artiste. Ce tableau de 7 m sur 5, a nécessité 3 ans de travail acharné (recherche historique et iconographique). Il présente non seulement un moment d’histoire, mais aussi les grands acteurs des troubles religieux du XVIe siècle. Sont représentés, en toute logique Charles Quint et son fils Philippe II à qui seront remis les insignes du pouvoir. Mais c’est le héros de la résistance aux Espagnols qui est au centre du tableau en la personne de Guillaume d’Orange. Dans la foule se trouve le duc d’Albe en armure, telle une menace qui plane.

Les Derniers honneurs rendus aux comtes d’Egmont et de Hornes (1851), tableau appelé parfois les têtes coupées, est une oeuvre des plus célèbres de l’artiste. Les représentants des métiers de la ville rendent un dernier hommage aux deux nobles décapités le 5 juin 1568. Ils sont les victimes les plus célèbres du conseil de troubles mis en place par le duc d’Albe. L’un et l’autre étant des catholiques (modérés), ce sont bien les défenseurs des libertés (politique et religieuse) qui ont été exécutés. On peut se souvenir que le comte de Hornes, un temps gouverneur de Tournai, avait rétabli le calme par la négociation et le respect de la liberté de conscience. En 1566 il obtient la restitution des églises aux catholiques et confie un nouveau lieu de culte aux protestants. D’autres tableaux comme ceux de Braekleer Ferdinand représente la défense de Tournai par la princesse d’Espinoy.

Une statue en l’honneur du peintre Louis Gallait se trouve au parc communal. C’est là que se trouvait un temple … dans un grenier des annexes de l’hôtel de ville… de 1830-1973 !

 

Etape 3 Grand-place

Dans un des angles de la grand-place se trouve le beffroi du XIIIe siècle. Il servit de prison tout comme la maison du roy ou baillage. L’une était prison municipale et l’autre prison royale. Le scellement des barreaux aux fenêtres et l’emplacement des anneaux pour fixer les chaînes des prisonniers témoignent encore de ces temps révolus. On raconte que Jacques de la Pierre (emprisonné) fut interpellé par sa femme en ces termes : « Je m’en vais à d’autres noces » allusions aux noces de l’agneau Ap 19,9. Marie de la Pierre fut enterrée vivante en 1545. Son courage est célébré par Agrippa d’Aubigné dans les tragiques. Les exécutions eurent lieu sur la grand-place, face au baillage, de 1521 à 1564. Les victimes étaient décapitées, brûlées, pendues ou enfouies. Les condamnés pouvait subir des peines infamantes, telles des brûlures aux armes de Tournai ou la langue percée au fer rouge.

La halle aux draps (style renaissance reconstruites en grande partie après 1940) fut un temple de la Barrière entre 1715 (traité de la Barrière) et le départ des troupes hollandaises en 1782.

La grange aux dîmes de l’abbaye Saint-Martin (cf. la statue mutilé du saint) datée de 1633 fut offerte comme lieu de culte par le comte de Hornes en échange de la restitution des églises aux catholiques.

 

Au centre de la place fut érigée en 1863 la statue de Christine de Lalaing, princesse d’Espinoy. Cette œuvre d’Aimable Dutrieux fut commandée par la municipalité libérale et anticléricale. C’est une statue en bronze de 6m50 de hauteur et de 2,2 tonnes. Elle représente Christine de Lalaing en cuirasse levant sa hache… en direction de la cathédrale. Elle est un symbole de liberté et incarne la résistance à toutes les oppressions… historiquement elle a défendu la ville assiégée par les troupes espagnoles. En 1581, profitant de l’absence du gouverneur Pierre de Melun, Alexandre Farnèse assiège la cité. Mais l’épouse du gouverneur de Tournai organise la défense. Elle fait réparer les remparts, organise des sorties contre les Espagnols. Après un  siège de deux mois, la capitulation est néanmoins signée le 30 novembre 1581. Une amnistie est accordée aux Tournaisiens et les privilèges de la cité sont conservés. Christine de Lalaing quitte la ville avec les honneurs et se retire à Anvers où elle meurt en 1582. Aujourd’hui Christine de Lalaing est un des cinq géants de la cité

 

La Cathédrale, classée patrimoine mondiale de l’humanité nous rappelle que la ville est le siège d’un évêché. C’est un très bel exemple de passage de l’art roman (nef et transept du XIIe) à l’art gothique (chœur du XIIIe ). « La délivrance des âmes du purgatoire » (1634-1636) de Rubens se trouve dans la chapelle Saint-Louis. Les âmes sont symboliquement représentées sous forme humaine. Au sommet la vierge intercède. Le thème s’inscrit dans la contre-réforme, puisque les protestants ne reconnaissent ni l’intercession des saints, ni l’existence du purgatoire.

 

Info pratiques

Maisons romanes : 12-14 rue Barre saint-Brice 7500 tournai

Ouvertes avant le culte : 10h-10h30

Renseignements : pasteur Jean-Joseph Hugé Tél. 0032 69 22 43 93 email :jj.huge@laposte.net

 

Etape 4 Les maisons romanes

En franchissant le pont vous arrivez dans le quartier Saint-Brice qui dépendait de la juridiction du diocèse de Cambrai au temps de la réforme. Y loger permettait d’échapper aux autorités ecclésiastiques de Tournai. Guy de Brès y loua un pavillon dans la ruelle des groseilliers (non loin des remparts). Il épousa une Tournaisienne Catherine Ramon avec laquelle il eut cinq enfants.

Des deux maisons du XIIe siècle, il ne reste plus d’origine que les façades et les murs mitoyens. Depuis leur restauration, les deux maisons n’en forment plus qu’une. En 1958 la municipalité décide du transfert du temple dans les maisons romanes. En décembre 1973, le premier culte est assuré.

Lors des cultes avec sainte cène, vous pourrez admirer le service du XVIIIe siècle dit de la Barrière. Il se compose d’un grand plat ovale (daté de 1708) et de deux gobelets (datés de 1711) aux armoiries des Provinces-Unies. Sont gravés le lion des Nassau tenant les attributs de la République (glaive et sept flèches). Chaque flèche représente une province. Leur force vient de leur union. L’ensemble est surmonté d’une couronne signe de souveraineté. Le service fut offert par les officiers de la garnison hollandaise lors de leur départ, puis caché de 1785 à 1815 à Rongy et Lecelles.

Au fond à gauche, un vitrail en verre et béton évoque l’Ancien Testament (tables de la loi) et le Nouveau Testament (croix entourée d’une mouvement de mains jointes). Deux œuvres sont en dépôt dans le temple : un vitrail dans un cadre en bois représentant l’exécution de deux premiers martyrs protestants Jean Van Esch et Henri Voes, exécutés sur la grand-place de Bruxelles en 1523, et une toile de Philippe-Auguste Hennequin « la défense de Tournai pas la princesse d’Espinoy ». L’œuvre a peut-être inspiré le sculpteur … mais ici Christine de Lalaing, au centre, porte une épée et non une hache. Les monuments emblématiques de la cité (beffroi et cathédrale) sont visibles à l’arrière-plan.




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Published by le gueux des bois - dans Benelux
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commentaires

nirvador 13/02/2011 19:28



Valenciennes était aussi la "genève du Nord"...avant de devenir l'Athènes du Nird



le gueux des bois 15/02/2011 20:13



 


Bonjour ... oui je confirme. Notre article sur Le Valenciennois protestant, de l'époque des Gueux au temps du réveil, commence par cette phrase ;" Valenciennes
comme Tournai fut qualifiée de Genève du Nord." Nous sommes donc d'accord... L'expression nous vient de l'historien jésuite Strada... mais entre nous je pense que la plus grande "Genève du Nord"
fut Anvers mais ceci est une autre histoire !



Greg 03/10/2008 17:10

Pas mal, je n'ai pas encore eu l'occasion d'aller à Tournai mais ça donne envie, enfin, un jour où il pleuvra pas.