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  • : Le blog du gueux des bois : invitation aux voyages protestants
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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 13:05

La première partie de l’histoire du protestantisme lillois n’a pas laissé de traces, si ce n’est à travers la Contre-Réforme dont il fut victime ! La statue de Jeanne Maillotte personnifie l’échec des protestants dans leurs tentatives de prendre le contrôle de la ville, tandis que l’ancien collège des jésuites témoigne de la reconquête des âmes par l’éducation. Mais des centaines de protestants exécutés par l’échevinage, ces martyrs de l’Église de la rose, il ne reste aucune trace pas même une simple plaque commémorative !

 

Lille fut bien un bastion avancé du catholicisme et encore au milieu du XIXe siècle, l’idée que des protestants puissent être les architectes de la cathédrale était toujours inconcevable. Pourtant ce même XIXe siècle fut celui du renouveau. Le protestantisme lillois d’aujourd’hui en est l’héritier direct. Ses édifices cultuels (temple réformé et chapelle  anglicane) ou à vocation sociale (la Soli) ont été érigés dans la seconde moitié du XIXe siècle et témoignent encore aujourd’hui de cette époque du Réveil. Plus nombreux, plus engagés surtout dans le domaine social, maisBible du temple réformé de Lille. Editions Ostervald 1807 aussi politique, les protestants sont désormais visibles dans la cité.

 

Le palais des Beaux-Arts et l’exposition « Fils d’Abraham », complètent cet itinéraire par une ouverture sur le protestantisme dans des pays proches ou lointains comme la Hollande ou les États-Unis.

L’itinéraire proposé ne peut guère respecter l’ordre chronologique des événements, je vous conseille donc de bien lire le résumé historique qui suit avant d’arpenter les rues de Lille la protestante...

Résumé historique

Une réforme étouffée dans l'oeuf

        L’ « hérésie » luthérienne apparaîtrait à Lille dès les années 1521 à en croire le nonce Aléandre, mais les premières traces judicaires datent de 1526-1527. Les premiers calvinistes sont recensés en 1542. Dès 1521, les premières mesures (les placards) sont prises par les autorités, en l’occurrence l’empereur Charles Quint. Les hérétiques sont jugés par l’échevinage (la municipalité et non le gouverneur, ni l’évêché de Tournai) et les premières victimes tombent en 1533, brûlées « tous deux sans être étranglés. » On compte de nombreuses vagues de répression successivement en 1545, 1555, 1561, 1563, 1564…Les victimes sont souvent brûlées mais aussi parfois décapitées, voire enterrées vivantes !

Pourtant la Réforme se diffuse à travers les livres, les prédicants et certains réformateurs tels Brully, brûlé à Tournai en 1545. Guy Debray prêche et organise l’Église clandestine dite de la rose. Il réside à Tournai mais visite l’Église de Lille à plusieurs reprises. Les calvinistes sont devenus discrets et se sont parfois réfugiés dans les villages environnants. Nous avons peu d’informations du fait de la clandestinité, si ce n’est à travers les procès. Des diacres de la communauté sont exécutés tel les Oguier en 1555, Jacques de Los en 1560 et le ministre de passage Paul Chevalier, torturé et exécuté en 1564.

En 1566 le baron de Rassenghien devient gouverneur de Lille. Il constate la montée en puissance de la nouvelle religion. Selon lui, les prêches à Baisieux et Bondues rassemblent des milliers de protestants, la moitié sont des Lillois. Il prévoit l’imminence de la crise iconoclaste et renforce en conséquence la garnison et les mesures de sécurité. Les briseurs d’images seront tenus en échec à Lille. Aucune église de la cité n’est saccagée. Mais de nombreuses villes environnantes tombent aux mains des protestants comme Tournai et Valenciennes, vite qualifiées de Genève du nord. Lille est entourée d’ « une ceinture de gueux ». Le gouverneur reste prudemment à Lille en cette année 1566, mais l’année suivante, il défait à Wattrelos les gueux partis secourir leurs coreligionnaires de Valenciennes. En 1567 l’arrivée du duc d’Albe et des troupes espagnoles, les redoutables tercios, marquent un durcissement de la répression. Le Conseil des troubles condamne une centaine de Lillois qui sont mis à mort, bannis ou déjà en fuite. La redoutable Jeanne Maillotte, qui a perdu sa hallebarde, aurait repoussé les hurlus venus de Menin en 1582...

Mais si les gueux des bois ont échoué au sud,  il n’en va pas de même des gueux de la mer en Hollande. Les Pays-Bas du nord deviennent un bastion protestant. La nouvelle religion progresse aussi en Flandre. Les années 1577-78 voient s’ériger des républiques calvinistes à Gand, Bruges, Anvers, Bruxelles… Des villes proches de Lille comme Menin, Tournai et Mouscron tombent aux mains des protestants. Mais Lille encore une fois reste un bastion avancé du catholicisme, repoussant les attaques des Hurlus venus de Tournai ou de Menin. La menace s’éloigne après les années 1582. Le général espagnol Alexandre Farnèse, habile politique et redoutable chef de guerre, reprend les villes de Flandre une à une et déplace vers le nord la frontière avec les Pays-Bas protestants. À Lille la répression se poursuit jusqu’en 1599. Lille devient une citadelle de la Contre-Réforme. La cité se couvre de couvents avec l’arrivée des jésuites, des capucins, des dominicains, des augustins, des minimes, des carmes déchaussées, des brigittines, des carmélites, des urbanistes, des célestines, des ursulines, des colletines etc. Les historiens parlent à juste titre d’ « invasion conventuelle ». Ces religieux s’occupent des écoles dominicales, des collèges, de la catéchèse.

 

La période hollandaise

La ville est conquise par Louis XIV en 1667. Mais en 1708, dans le cadre de la guerre de succession d’Espagne, Lille est prise par les coalisés dirigés par le prince Eugène. Holsteinbecq devient le gouverneur hollandais de la cité. Conformément au traité de reddition, le culte catholique est maintenu et le prosélytisme protestant est interdit. Mais des lieux de culte réformé sont prévus pour la garnison hollandaise. Combien y avait-il à ce moment là de calvinistes lillois ? Les Églises wallonnes les évaluent à 4000… mais pour toute la châtellenie de Lille. Les protestants lillois qui vivent depuis des décennies dans la clandestinité hésitent à se manifester. Quel sera leur sort quand la paix sera signée ? Le pasteur J. Chion , réfugié à La Haye, est nommé à Lille en 1709. Il affirme que seules sept familles de la ville se sont déclarées. Les effectifs semblent pourtant augmenter, surtout dans les villages environnants, et un second pasteur est envoyé. À l’emplacement de l’arsenal, un temple est érigé. En 1713 avec la paix d’Utrecht, la ville est restituée à la France et les troupes hollandaises quittent Lille. Le traité autorise les protestants à vendre leurs biens et à choisir leur lieu de résidence. Les derniers protestants lillois partent vers les Provinces-Unies et en particulier en Zélande (Sluis, Cadzand). Le protestantisme est quasi éradiqué de la cité.

 

Le renouveau

Lorsque Louis XVI accorde aux protestants l’édit de tolérance (1787) et donc l’égalité des droits civils, le parlement de Flandre refuse d’enregistrer l’acte… Privé de registre, on ne peut donc pas évaluer avec précision le nombre de protestants à la fin de l’époque du désert. Il semble bien néanmoins que le protestantisme ait pratiquement disparu à ce moment-là ! Un temple est concédé aux protestants par décret gouvernemental en 1804, dans l’ancienne chapelle de l’hospice des bons-fils, rue de Tournai. Le pasteur Jean de Visme, le seul du département, est nommé. La communauté se compose de quelques familles venues du sud du département (Saint-Amand, Valenciennes et Le Cateau). On compte également quelques étrangers comme le trisaïeul badois du général De Gaulle, Louis-Philippe Kolb. La communauté va se renforcer au fil du temps avec l’arrivée de fonctionnaires et d’universitaires mutés et avec l’essor de l’industrie textile. Des capitaines d’industrie protestants, tels les Walker (Écosse) et les Neu (Rhénanie) s’installent avec leur personnel d’encadrement. Les protestants publient deux périodiques, le glaneur chrétien en 1838, un bimensuel et la voix du nord en 1846… rien à voir avec le quotidien régional né pendant la Seconde Guerre  mondiale ! Les protestants ouvrent des écoles. Après 1871, l’immigration d’Alsaciens et de Lorrains renforce la communauté protestante qui passe de 943 membres en 1851 à 1500 en 1904. Les ouvriers et artisans sont de plus en plus nombreux.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle le protestantisme s’épanouit dans le cadre du christianisme social ou du Réveil. Le pasteur François Ollier (1864-1899) se dévoue lors de l’épidémie de choléra auprès des soldats de 1870 et développe la diaconie. Son successeur Aquilas Quiévreux (1899-1904) ouvre la Soli à Wazemmes avec l’aide d’une paroissienne fortunée, madame Maracci. Le pasteur Nick s’installe en 1887 dans le faubourg populaire de Fives et y crée un Foyer du peuple. Il milite avec la Croix Bleue contre l’alcoolisme,  prêche dans les rues et les courées, crée une colonie de vacances à Sangatte… Eva Durrleman et Thérèse Matter fondent la clinique-école d’infirmières Ambroise-Paré qui devient un foyer de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.

Au cours du XXe siècle les réformés se regroupent dans l’ERF. Mais ,dans le même temps, de nouvelles Églises apparaissent comme les Églises adventiste, pentecôtiste, baptiste et l’Armée du Salut. Le protestantisme s’est donc réimplanté et diversifié dans une cité qui lui était peu favorable. Paradoxalement Lille est aujourd’hui la principale zone d’implantation du protestantisme dans le Nord.


 


 

Étape 1 Le temple réforméIntérieur du temple réformé de Lille

La construction du temple réformé de Lille est à replacer dans le contexte de la naissance d’un quartier latin laïc voulu par la municipalité face au quartier latin catholique (la Catho). Vous êtes en effet ici dans l’ancien quartier des universités. Lorsque le Strasbourgeois Alphonse Roederer remporte le concours d’architecture, l’emplacement du temple n’est alors qu’un immense terrain vague englobé dans l’agrandissement de la ville de 1860. Le temple commence à être érigé en 1868 et est inauguré avec son presbytère en 1872. Il est en partie réalisé avec des matériaux provenant du premier temple officiel rue de Tournai dans l’église désaffectée des bons-fils, à l’emplacement du hall de la sortie de la gare Lille Flandres ! Le bâtiment est propriété communale. La taille de l’édifice rappelle l’importance de la communauté dans la seconde moitié du XIXe siècle. La silhouette du clocher carré en briques rouges est devenue familière aux protestants lillois.

L’organisation de l’espace intérieur et les tribunes de part et d’autre sont somme toute assez typiques pour un temple réformé. La chaire au centre domine la table de communion. Il ne s’agit donc pas d’un autel car le protestant ne cherche pas à renouveler le sacrifice du Christ ! La table du Seigneur est celle à laquelle nous sommes invités à participer au repas, la cène. Sur la table, une bible ouverte sur un dressoir est tournée vers l’assemblée rappelant que la Bible qui fait autorité peut être lue par tous. La croix nue (sans Christ) signifie que la mort du Christ ne saurait être saisie sans sa résurrection. L’absence d’images et de statues rappelle que Dieu ne se saisit pas dans la matière, ni dans des objets « sacrés ».

 

Mise au point : temple protestant, espace symbolique ou espace pratique ?

Les avis divergent ! Par exemple, pour certains la chaire est en hauteur et au centre pour signifier que la parole de Dieu prime, qu’elle vient d’en haut. Pour d’autres sa hauteur et sa place sont déterminées par des considérations acoustiques, la voix du prédicateur doit se répandre au mieux dans l’édifice. Dans le cas présent vous conviendrez que le symbolique et le pratique ne s’opposent pas mais se complètent.

 

 


 

 

Etape 2 La chapelle anglicane

La communauté anglicane se constitue au début du XIXe siècle avec l’installation de Britanniques liée au développement industriel et au commerce. Les services religieux sont d’abord assurés au temple protestant moyennant un loyer ! L’édifice a étéchapelle se compose de trois parties : la nef, le chœur et la sacristie. Les vitraux de la nef retracent les grands moments de la vie de Jésus. Les murs sont couverts de plaques mortuaires qui nous rappellent la mémoire des marguilliers (membres du conseil de fabrique chargés d’administrer les biens de la paroisse). La chaire et les bancs donnent un petit air protestant à l’ensemble.  construit en 1870 à l’angle des rues Watteau et Lydéric. Le discret style néo-gothique est perceptible à travers les fenêtres ogivales, les colonnettes de la porte et les contreforts. La Au fond se trouve le chœur en forme semi-octogonale, un orgue peint et le sanctuaire avec la table. Les drapeaux des régiments anglais se dressent de part et d’autre. La charpente en bois apparente est peinte en blanc dans la nef et d’un bleu nuit semé d’étoiles dans le chœur. Reste au fond à gauche la sacristie où le portrait d’Élisabeth II nous rappelle qu’elle est chef de l’Église d’Angleterre. En sortant vous pourrez observer la carte du diocèse d’Europe sur lequel l’évêque de Gibraltar a autorité !

 

Mise au Orgues de la chapelle anglicane de Lille point : les anglicans sont-ils protestants ?

L’anglicanisme tel que nous le connaissons aujourd’hui se construit sous le règne d’Elizabeth Ière et se définit comme une via media entre protestantisme et catholicisme. L’Église est traversée par de multiples courants tel la high church qui valorise l’épiscopat et la succession apostolique et la low church plus protestante dans sa liturgie et sa conception de l’Église. En raison de cette place intermédiaire et de son pluralisme interne, l’Église anglicane a été un pionnier de l’oecuménisme. Mais c’est avec les protestants que le dialogue a été le plus fructueux avec la création d’Églises unies et la reconnaissance de l’intercommunion. On pourrait donc conclure que les anglicans sont les plus catholiques des protestants !

 


 

Etape 3 Le Palais des Beaux-arts, entre Réforme et Contre-Réforme

 

La peinture hollandaise, art de la Réforme

Les œuvres de cette galerie sont essentiellement des tableaux de chevalet, c’est-à-dire de petite taille et assez proches du carré. Parmi les œuvres exposées se trouve un grand nombre de portraits individuels ou collectifs. Les peintres hollandais ont répondu aux commandes de la bourgeoisie protestante. Le décor est sobre et sombre pour mieux mettre en valeur les visages et les regards. Les vêtements, en général noirs, sont assez austères, car il n’est pas question pour ces calvinistes de montrer leur richesse. Leur prospérité est signe de leur élection et non moyen d’exprimer leur orgueil, ni leur puissance. Les seuls signes extérieurs de richesse se trouvent dans la finesse de la dentelle et parfois dans la valeur des tissus. Le « portrait de femme » et le « portrait d’homme »  de Jan Van Ravesteyn sont probablement des portraits de fiançailles, d’où leur taille inhabituelle. Jan Daemen Cool (ou Cuyp) a représenté tout une famille. Chaque personnage peut être isolé dans ce portrait collectif.  Leur âge est indiqué, 39 ans pour le père, 34 ans pour la mère, 18 ans pour le garçon et 1 an pour le benjamin.

 

Jacob Vrel représente une « scène d’intérieur » intimiste dans une maison typiquement hollandaise. Une mère y lit l’abcdaire à son enfant. Si l’éducation est jugée fondamentale dans ce pays protestant, le cerceau au sol nous montre que le jeu peut côtoyer l’apprentissage. Le père se chauffe discrètement dans la pénombre. Les beaux cuivres sont les signes discrets de richesse.

 

Deux scènes d’intérieur d’église sont exposés dans cette galerie. Anton a peint l’intérieur de l’église Saint-Laurent de Rotterdam en 1669. Une foule s’y presse sans faire le moindre geste réputé religieux. Rappelons que pour les protestants il n’y a pas de signe plus religieux qu’un autre et que les églises/temples sont des lieux de réunion et non des espaces consacrés (sanctuaires). L’église apparaît comme un lieu de convivialité, un lieu de vie et non comme un lieu sacré. Le décor est sobre puisque les  murs sont blanchis et que les vitraux sont exclus.

Emmanuel De Witte représente l’intérieur de la Nieuwkerk de Deft. L’église rappelle la précédente par sa sobriété. Le seul décor se réduit à quelques blasons armoriés des grandes familles. Les familles de la noblesse ont joué un rôle fondamental lors du passage à la réforme et Guillaume d’Orange en est un représentant éminent. Ici l’œuvre est centrée sur son tombeau. Un visiteur, le cavalier en rouge désigne le monument à sa compagne occupée à faire l’aumône. D’une certaine manière c’est aussi à nous qu’il montre le mausolée. Guillaume le Taciturne est le père de la nation néerlandaise. Il contribua à détacher les sept provinces du nord de l’emprise espagnole. A l’époque où le tableau fut réalisé l’Espagne venait de reconnaître officiellement, en paraphant les traités de Westphalie, l’indépendance irrévocable des Provinces-Unies.

 

Mise au point : Faut-il parler des Pays-Bas, de la Hollande ou des Provinces-Unies ?

Au XVIIe siècle, les Pays-Bas constituent un vaste ensemble de 17 provinces aux mains des Espagnols. Les sept provinces du nord en devenant protestante échappent à la domination espagnole et forment les Provinces-Unies. La Hollande est la plus importante de ces provinces. Les Pays-Bas espagnols se réduisent alors à la moitié sud (actuelle Belgique et nord de la France). Vous conviendrez qu’il y a matière à confusion et que le terme Pays-Bas est piégé puisqu’il ne couvre pas toujours le même espace suivant les périodes historiques !

 

Pieter Lastman le maître de Rembrandt représente une mise au tombeau. La scène biblique est décrite depuis l’intérieur du sépulcre. Sept personnages sont représentés debout autour du corps du Christ étendu sur un linceul. On reconnaît à droite Marie et Jean qui assistent à la scène. Joseph d’Arimathie, reconnaissable à ses vêtements luxueux et à son turban, tient le buste du crucifié, tandis que Nicodème plus humble soutient les jambes. Des femmes apportent des vases de parfum pour embaumer le corps. Marie-Madeleine s’apprête à baiser la main du crucifié. Le sarcophage est orné de bas-reliefs qui illustrent deux récits de l’Ancien Testament. Le sacrifice d’Isaac par son père Abraham préfigure la passion du Christ et Jonas sortant du vente du monstre marin évoque les trois jours et trois nuits passés dans le sépulcre. La mort du Christ doit se comprendre au regard de sa résurrection, illustrée ici par la sortie de Jonas.

 

Les natures mortes ne sont pas de simples exercices de style mais ont une profonde signification symbolique. Ces « vies silencieuses » (stilleven) nous transmettent une sagesse digne du Qohelet/ecclésiaste. Prenons la « nature morte au citron pelé et au verre » d’Abraham Van Beyeren. Le peintre représente en fait l’acidité de la vie qui se déroule comme une pelure. Le pain et le vin placent cette vie brève sous le regard de Dieu. Le verre à vin sculpté est le seul signe de la richesse. Les Crabes et crustacés évoquent les corps morts, des corps sans vie et sans âme. La montre est une allusion au temps qui passe.

Balthasar Van der Ast  représente une « nature morte avec fruits, fleurs et coquillages ». Les fruits gâtés rappellent la brièveté de la vie terrestre. Les insectes qui volent représentent l’élévation spirituelle. Le papillon est un symbole de la résurrection, tandis que les insectes rampant sont des symboles de mort.

 

La peinture flamande, art de la Contre-Réforme

La peinture flamande exposée au Palais des Beaux-Arts est contemporaine à la galerie hollandaise, mais nous entrons ici dans un autre univers, celui de la Contre-Réforme. Le visiteur est d’abord frappé par la taille des tableaux. Les œuvres sont destinées à être placées dans les églises derrière l’autel et tout est fait pour attirer le regard du fidèle. Les couleurs sont chatoyantes, les personnages sont en mouvement, les compositions sont théâtralisés (rideau, pilastre, contre-plongée), les scènes sont dramatisées à un tel point que cela frise parfois le morbide.

La descente de croix de Rubens est un tableau majeur du peintre anversois. L’œuvre a été peinte pour le maître-autel de l’église du couvent des capucins à Lille. Joseph d’Arimathie et Nicodème détachent de la croix, avec deux acolytes, le corps sans vie du christ, l’offrant au chagrin de Marie et de Marie-Madeleine. La diagonale soulignée par le blanc du linceul et du corps sépare les « porteurs » des « pleureuses ». L’œuvre est novatrice puisque pour la première fois le tableau d’autel se présente sous la forme d’un tableau unique et non plus d’un triptyque. L’artiste illustre le thème de l’eucharistie, point de discorde entre catholiques et protestants. Ainsi Marie-Madeleine qui pose ses lèves sur la main ensanglantée du christ semble boire son sang. Le visage de Jean proche de la plaie ouverte par le coup de lance renvoient au sacrement eucharistique. A gauche une vieille femme pénètre dans le tableau comme pour inclure les spectateurs dans l’œuvre du maître d’Anvers.

Un tableau destiné à l’église du couvent de Récollets vise aussi à défendre la sacrement eucharistique. Le miracle de la mule de Van Dyck illustre un épisode de la vie de saint Antoine où il veut convertir un paysan hérétique qui niait la présence réelle du Christ dans l’eucharistie. Afin de le convaincre, il présente une  hostie consacrée et la mule s’agenouille en premier. 

L’art de la Contre-Réforme réaffirme le culte des saints à travers des tableaux de martyres. Le martyre de sainte Catherine peint par Rubens en 1615 était destiné à l’église Sainte-Catherine de Lille. Le peintre flamand a représenté un instantané presque photographique, le moment qui précède l’exécution. La jeune fille qui a miraculeusement échappé au supplice de la roue va être finalement décapitée. Ce sont les préparatifs qui sont ici représentés. La nuque de la sainte est dégagée et le bourreau tient déjà l’épée à la main. Un prêtre lui montre une dernière fois la statue d’Apollon qu’elle refuse d’honorer, tandis qu’elle nous regarde avec détermination et nous prend à témoin. Le chien à ses pieds rappelle sa fidélité, les palmes et couronnes reçues du ciel en font déjà une martyr.

Jan Boeckhorst représente de façon dramatique le martyre de saint Maurice d’Agaune. Maurice est martyrisé au IIIe siècle pour avoir refusé avec ses soldats de sacrifier aux dieux. L’entassement de cadavres démembrés au premier plan justifie la quantité de reliques associés à ce saint possédées par l’église Saint6maurice de Lille.

L’étape suivante sera pour nous l’occasion de replacer ce genre de tableau dans son cadre originel…

 


 

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Published by le gueux des bois - dans Nord
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commentaires

lorsignol 29/12/2008 10:14

L'exposition "les fils d'Abraham" : quelles dates ?? Merci

le gueux des bois 29/12/2008 21:08


Bonjour. L'expo fils d'Abraham est permanente
Du mardi au vendredi : 14h - 18h. Dimanche : 15h - 18h. et sur rendez-vous pour les
groupes. Appelez au 03 20 74 46 83, renseignements et réservations. Adresse : 59 rue de Gand 59000 LILLE. html://www.filsdabraham.com