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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 20:06

Je vous propose en ligne le début de notre itinéraire protestant picard...



Éditorial

 

Une Picardie protestante, de Noyon à Lemé

 

En cette année 2009 où les protestants du monde réformé célèbrent la naissance de Jean Calvin, il est logique de vous proposer un itinéraire sur la terre natale du réformateur. Ce fascicule ne prétend pas néanmoins couvrir toute la Picardie, la délimitation de cette région historique est d’ailleurs sujet à controverse ! Nous vous proposons de relier Noyon la ville natale du réformateur à Lemé le village du Réveil, de parcourir quatre siècles d’histoire protestante du XVIe au XIXe siècles.

L’itinéraire nécessite deux jours. Le premier est consacré à Calvin et au Noyonnais. La visite du musée Jean Calvin permettra de mieux connaître le réformateur et son environnement d’origine. Il est conseillé de poursuivre par une balade à Noyon et Ourscamp dans les pas du jeune Calvin.

Le second jour se déroule dans le nord de l’Aisne. La dimension militaire est ici plus présente dans cette région frontière avec le mémorial du siège de Saint-Quentin de 1557 durant lequel Coligny s’illustra et la forteresse des Guise toujours imposante malgré les destructions. Au temple-musée de Lemé vous pourrez parcourir une dernière fois l’histoire du protestantisme picard du XVIe au XIXe siècles. Vous aurez alors relié deux musées dédiés au protestantisme … les seuls au nord de Paris !

 Bonnes visites




                              Contexte historique

 Des réformateurs aux ligueurs

La Picardie fut une terre de réformateurs, le plus connu étant Jean Calvin né à Noyon en 1509. On pourrait ajouter sur la liste les noms d’Olivetan cousin de Calvin et traducteur de la bible en français, de Pierre de la Ramée professeur de mathématiques au collège de France, de Lefèvre d’Étaples humaniste précurseur de la Réforme … les idées luthériennes apparaissent dans les années 1520-1530. Elles se propagent avec les paysans saisonniers partis en Brie (Meaux fut un centre de la pré-réforme), ou par des colporteurs venus des Pays-Bas (Lenoir à Saint-Quentin). Certains nobles accordent leur protection comme le comte de Rouci dans le Laonnois et la famille de Croy à Montcornet. La région est parcourue par des prédicateurs itinérants comme Guy de Brès et Le Ramasseur.

Mais la Picardie, terre conservatrice fut un zone de résistance au protestantisme. Les princes-évêques, comme celui de Noyon pair de France, ne peuvent tolérer l’hérésie en leur ville. Une grande partie de la noblesse rejoint la Ligue des ducs de Guise, originaires de la région. Certains magistrats comme à Saint-Quentin sont hostiles aux protestants et ne tolèrent aucun prêche dans les murs de la ville d’où les assemblées à l’arbre d’Omissy. Les rois sont attentifs aux troubles dans une région frontière proche de la capitale et veillent à l’application des édits royaux.

La Picardie devient une terre d’émigration, de martyrs et de clandestinité pour les réformés.  Dès 1535 Calvin s’exile, suivi du maire de Noyon (Laurent de Normandie), de son cousin Olivetan … et de nombreuses familles picardes. Parmi les victimes les plus connus de la Saint-Barthélemy il faut signaler Pierre de la Ramée.

 

L’édit de Nantes et sa révocation

L’édit de Nantes de 1598 est enregistré en 1599 par le parlement de Picardie. Il autorise le culte protestant chez les seigneurs hauts-justiciers (châteaux de Caulaincourt, de Pommery, de Coeuvres… ). Dans chaque baillage et sénéchaussée un lieu de culte public est prévu. Ainsi des assemblées se tiennent au Haucourt près de Saint-Quentin. L’édit de Nantes offre un moment de répit relatif. Les tracasseries administratives se multiplient. Sous Louis XIV la région est touchée par les dragonnades, le logement d’hommes de guerre se faisant jusque chez le pasteur du Haucourt. Lorsque l’édit de Nantes est révoqué, le temple du Haucourt est détruit. Les pasteurs et beaucoup de familles émigrent.

 

Du Désert au Réveil

Au  XVIIIe siècle seuls quelques noyaux réformés existent encore, regroupés autour de Saint-Quentin et Lemé[1]. Les prêches ont lieu dans des endroits isolés comme la boite à cailloux, vallon boisé proche de Hesbécourt. Des pasteurs venus d’Angleterre et de Hollande rendent des visites. Dès qu’il s’agit de célébrer un mariage ou un baptême, les protestants picards prennent la direction des Églises de la Barrière de l’autre côté de la frontière. Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle pour que les protestants soient tolérés dans le royaume et retrouvent leurs droits civiques. Au XIXe siècle le protestantisme se réinstalle à partir des noyaux ruraux qui ont survécu dans la clandestinité du Désert. Un temple est érigé à Lemé et une chapelle est donnée aux protestants de Saint-Quentin. Le mouvement du Réveil incarné par des pasteurs comme Colani est à l’origine de conversions et de la création d’œuvres sociales tel l’asile de Lemé. L’exode rural a néanmoins affaibli l’implantation protestante dans ces régions rurales au profit de paroisses plus urbaines.

 



[1] De même à Amiens et Montdidier, mais qui ne sont pas sur notre itinéraire.

  


LE PARCOURS

Étape 1 L'abbaye d'Ourscamp

L’abbaye cistercienne d’Ourscamp a été fondée au XIIe siècle. Les constructions du XVIIIe siècle masquent volontairement l’église gothique du XIIIe siècle, aujourd’hui en ruine. L’abbaye fut un lieu de pèlerinage dédié à sainte Anne. La pieuse mère de Jean Calvin y emmenait ses enfants. Le réformateur y fait allusion dans son Traité des reliques. Alors qu’il dresse une liste aussi exhaustive qu’irréaliste des reliques, voici ce qu’il écrit : « Sainte Anne, mère de la Vierge Marie, a l’un de ses corps à Apt en Provence, l’autre à Notre-Dame-de-l’Ile, à Lyon. Outre cela, elle a une tête à Trêves, l’autre à Düren-en-Juliers, l’autre en Thuringe en une ville nommée de son nom. Je laisse les pièces qui sont en plus de cent lieux ; et entre autres il me souvient que j’en ai baisé une partie en l’abbaye d’Ourscamp près de Noyon, dont on fait grand festin. »

 

Étape 2 Balade dans le Noyon de Jean Calvin

Le 10 juillet 1509, dans une maison de Noyon devenue musée, naissait Jean, second fils de Jeanne Le Franc et de Gérard Cauvin (calvinus en latin donna ensuite Calvin). Les armes de Genève et de Noyon sont visibles sur les poutres extérieures de la maison.

Le jour même, dans l’église Sainte-Godeberthe, l’enfant est baptisé. L’édifice détruit à la révolution s’élevait à l’emplacement de l’actuelle façade de briques et de verre du théâtre du Chevalet.

Son père le destine à  une carrière ecclésiastique et bénéficie de la protection de l’évêque Charles d’Hangest dont il est le notaire. Jean devient chapelain de la chapelle de la Gésine (aujourd’hui arrière-sacristie de la cathédrale) à l’âge de 12 ans ! Jean est trop jeune pour fréquenter la bibliothèque du chapitre érigée en 1506 sur ordre du chanoine Charles de Bovelle, humaniste mais aussi adversaire des protestants. Mais les écrits de Calvin finissent par y entrer… rangés avec les autres livres hérétiques dans l’enfer, partie de la bibliothèque où sont déposés ces livres interdits.

Les revenus ecclésiastiques permettent de financer les études que Jean poursuit à Paris, Orléans et Bourges. Il revient à Noyon en 1534 pour renoncer à ses bénéfices ecclésiastiques, signe de ses nouvelles convictions protestantes. Il est probable qu’il est emprisonné à ce moment-là dans un cachot de la prison épiscopale, à moins qu’il ne s’agisse d’un homonyme !

 

Bibliothèque du chapitre de Noyon
Info pratique

 

Musée Calvin de Noyon

Place Aristide Briand 60400 Noyon

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 12h et de 14h à 18h (du 1er mai au 31 octobre), idem du 1er novembre au 30 avril mais fermeture à 17h. Fermeture le lundi.

Renseignements au 03 44 44 03 59

 


Étape 3 Le musée Calvin

 

De la maison de Calvin au musée

Que reste-t-il d’origine de la maison natale de Jean Calvin ? Au mieux quelques marches et voûtes de cave ! Il est même possible que la maison ait été détruite une première fois au XVIe siècle (par les impériaux ou par les ligueurs). En 1909 le clergé catholique de la ville s’oppose à l’érection d’une statue de Calvin. Les premiers à apposer une plaque commémorative sont les Allemands en 1917, mais la maison est détruite lors des bombardements de 1918 (photos dans l’entrée du musée).

Elle est reconstruite par la volonté de la SHPF (société d’histoire du protestantisme français) qui lance une souscription internationale en 1927. Les travaux sont confiés à Charles Letrosne dont la reconstitution s’appuie sur des photos et des dessins d’avant-guerre. L’agrandissement de la place au blé dégage la façade de la maison, précédemment cachée par deux hôtels. A la maison reconstruite à l’identique (partie gauche) est ajoutée une maison à colombage. L’ensemble devient musée des Églises protestantes du nord de la France et lieu de culte réformé. Le musée est toujours la propriété de la SHPF mais la gestion a été confiée à la ville de Noyon. Les collections étant riches, nous vous présenterons l’organisation générale du musée et quelques pièces majeures. Une projection audio-visuelle présentant « un Calvin sensible » complétera la visite.

 

Rez-de-chaussée : Calvin et son environnement

Le rez-de-chaussée de la maison est consacré à l’environnement de Jean Calvin, qu’il soit spatial, religieux ou politique. La première salle où se trouvent les caisses présente la maison natale à travers photos et dessins et la ville de Noyon au temps de Calvin. Ainsi on peut observer dans une vitrine la traduction néerlandaise de l’Institution de la Religion Chrétienne. Une gravure y représente Calvin tenant et lisant son propre livre dans son intérieur genevois, entouré des ouvrages qu’il a traduits et commentés. Notez au fond à droite une représentation de Noyon.

L’autre pièce, appelée chambre de Jean, présente le contexte historique et religieux. Une série de livres rappelle la révolution de l’imprimerie. Les humanistes font imprimer la bible d’abord en latin et en grec. Puis le livre est traduit en français (traduction de Lefèvre d’Étaple à partir de la Vulgate et d’Olivétan à partir des originaux hébreux et grecs). Une série de portraits présente les hommes qui ont influencé Calvin, de Luther à ses professeurs.

François Ier est au départ assez tolérant. Sa soeur Marguerite de Navarre protège le groupe Meaux et tempère son frère. Mais l’affaire des placards provoque un durcissement de la politique royale. Les placards, dont un exemplaire est exposé, dénoncent certaines pratiques comme l’eucharistie. Ces feuilles sont placardées jusque sur la porte de la chambre du roi ! En 1535 Calvin quitte définitivement la France.

 

1er étage : Calvin à Genève et les prémices des guerres de religion en France

Sont exposés dans les vitrines des ouvrages de Calvin dont l’Institution de la religion chrétienne et des livres de jeunesse de Théodore de Bèze. Quelques portraits des rois de France fixent le contexte historique français. Alors que Calvin est réfugié à Genève où il meurt en 1564 (les adieux de Calvin aux syndics et aux seigneurs de Genève), la France se dirige progressivement vers les guerres de religion. Deux tableaux vont retenir notre attention.

Le premier qui représente la Mercuriale de 1559 est inspiré d’une gravure française de Tortorel et Perrissin. Lors de la séance du mercredi au parlement, un conseiller, Anne de Bourg ose affirmer « ce n’est pas chose de petite importance que d’envoyer à la mort des hommes qui, au milieu des flammes, invoquent le nom de Jésus-Christ. » Le roi Henri II (A) fait arrêter Anne de Bourg qui sera pendu et brûlé en place de grève. Mais la mort accidentelle du roi, quelques jours après l’arrestation, est interprétée par les protestants comme un châtiment divin.

L’autre tableau représente le colloque de Poissy de 1561 qui est la dernière tentative de réconciliation à l’instigation du chancelier Michel de l’Hospital. En présence du roi Charles IX, de Catherine de Médicis et de bien des dignitaires catholiques, Théodore de Bèze prend la parole. Il a été choisi pour représenter le camp réformé plutôt que Calvin, plus controversé et dont la santé décline. Mais les discussions vont achopper sur la question de la présence du Christ dans l’eucharistie.

 

2ème étage : les lieux de culte protestants

Le dernier étage est consacré aux lieux de culte protestants. Soit des lieux de culte catholiques sont récupérés, comme la cathédrale Saint-Pierre de Genève. Soit de nouveaux lieux de culte sont construits suivant les règles de la nouvelle architecture protestante (cf. la maquette du temple circulaire Paradis de Lyon). L’espace n’est plus hiérarchisé, le pasteur étant au milieu des fidèles. La chaire, lieu de la proclamation de la Parole, est placée au centre. Si les images sont exclues des lieux de culte réformés, l’affichage des textes de la loi dans les temples a permis d’introduire des figures humaines comme ici Moïse et Aaron. Aux Pays-Bas, la représentation d’intérieur d’église devient un nouveau genre pictural.

La révocation de l’édit de Nantes en 1685 provoque la destruction des temples en France. Le culte dans le Désert devient itinérant. De cette période vous pouvez reconnaître la chaire démontable, chaque participant pouvant en emporter une pièce, un psautier de chignon et les méreaux, jetons distribués aux fidèles dignes de communier. Au désert ils serviront à admettre sans crainte les assistants inconnus.

 


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Published by le gueux des bois - dans Picardie
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