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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 20:13

 

Éditorial

 L’ANGLETERRE DES PURITAINS

 

Les puritains eurent un destin exceptionnel outre-Atlantique. Mais le mouvement est apparu dans l’Église d’Angleterre. Interne à l’Église à ses débuts, il fut ensuite la matrice des dissidences religieuses et des contestations politiques. L’Est-Anglie, la région de Cambridge, en fut le principal foyer. La cité fut en effet une école des puritains. Bon nombre de ses collèges formèrent les plus célèbres d’entre eux, Milton, Cromwell, Harvard… pour ne citer que les plus connus. Boston fut le port de départ des pères pèlerins, exilés de la première heure, partis aux Amériques fonder une nouvelle Angleterre. La ville en a gardé des souvenirs aussi bien au guildhall que dans l’église Saint-Botolph. La région d’Ely et d’Huntingdon vit naître et vivre le controversé Cromwell, homme de guerre et homme d’état. Des musées retracent la vie du lord-protecteur, ou du dictateur, selon les uns ou les autres. La ville de Bedford clôt votre périple. Elle fut la cité de Bunyan, un héritier des puritains, classé parmi les non-conformistes…

 

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MISE EN PERSPECTIVE

 

Sous Élisabeth Ière (1558-1603) : de la contestation à la persécution

Le XVIe siècle anglais est marqué par une grande instabilité religieuse, de la rupture avec Rome sous Henri VIII, à l’introduction de la Réforme sous Edouard VI, sans oublier la restauration catholique sous Marie Tudor (bloody mary). Le long règne d’Elisabeth 1ère stabilise la situation et jette les bases de ce qui deviendra l’anglicanisme à travers trois textes fondateurs : 0 Elisabeth 1ere

L’Acte de suprématie de 1559 qui fait du (de la) souverain(e) le gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre.

L’Acte d’uniformité de 1559 qui fixe la liturgie du second Book of common prayer.

Les Trente-neuf articles de 1563 qui constituent un résumé doctrinal de l’Église d’Angleterre.

L’anglicanisme se définit comme via media entre catholicisme et protestantisme. C’est dans ce contexte anglican qu’apparaissent les puritains, qui dénoncent une réforme incomplète. L’Église d’Angleterre doit se débarrasser des « guenilles du papisme » pour une réforme plus achevée (further reformation). Ces godly (saints) qui ont pour mission de réformer l’Église d’Angleterre, critiquent d’abord certaines pratiques liturgiques comme l’agenouillement, le signe de croix, les fêtes des saints, le luxe des vêtements sacerdotaux. Puis certains dénoncent le système épiscopal, d’autres réclament des sermons plus longs… Les puritains sont des membres critiques de l’Église d’Angleterre. Leurs revendications ne constituent pas une doctrine à part entière et, si les puritains ont existé, il est plus délicat de définir le puritanisme.

C’est en 1560 que le terme de puritain apparaît sous la plume de Thomas Stapleton, un pamphlétaire catholique qui nomme ainsi les protestants qui refusent les vêtements sacerdotaux. On peut prendre l’année 1572, avec la première admonestation au parlement, comme date de naissance officielle du mouvement puritain. Les années 1588-1589 avec les affaires liées aux Marprelate tracts marquent le début des persécutions. L’auteur anonyme de cepamphlet contre les évêques ne fut jamais identifié mais l’éditeur fut pendu pour crime de rébellion en 1593 !

 

Sous Jacques Ier (1603-1625) : de la désillusion à l’exil

En 1603, le roi d’Écosse Jacques VI devient Jacques 1er d’Angleterre. Son avènement suscite les plus grands espoirs parmi les puritains qui lui présentent the millenary petition, la première synthèse des revendications puritaines (des sermons plus longs, des évêques sans bénéfices multiples et sans pouvoir d’excommunication, le respect du sabbat, la disparition du terme de prêtre...).

Le roi Jacques Ier, bien qu’écossais, est attaché à l’anglicanisme, qu’il tente même d’exporter en Écosse (introduction de l’épiscopat dans l’Église d’Écosse). En 1604 à la conférence de Hampton Court, une phrase résume son point de vue sans concession : « pas d’évêques, pas de roi, pas de noblesse ». C’est dans ce contexte qu’il faut replacer le départ des premiers puritains (les pères pèlerins) d’abord pour la Hollande puis pour les Amériques.

 

Sous Charles Ier (1625 – 1649) : de l’exil à la guerre

Charles 1er tente d’affirmer le pouvoir royal en Angleterre. Il s’abstient de réunir le parlement qui voulait limiter ses prérogatives. En Angleterre l’archevêque Laud lutte contre les puritains, impose une « orthodoxie » anglicane et persécute les opposants. Sa politique provoque l’émigration de 20 000 puritains. Charles Ier poursuit l’« anglicanisation » de l’Église d’Écosse. Au système épiscopal introduit par Jacques Ier, il ajoute le rite anglican à travers un nouveau livre de prière, ce qui provoque une révolte. Pour faire face à la guerre en Écosse, Charles Ier convoque le parlement. L’opposition entre le parlement et le roi prend progressivement la forme d’une guerre civile entre têtes rondes et cavaliers. Bien que battu, le roi refuse tout compromis, s’enfuit et cherche de nouveaux alliés. Lors de la seconde guerre civile il est condamné par le parlement épuré (rump parliament) et est exécuté en 1649. « Une cruelle nécessité » dira Cromwell.

 

La République (1649-1660) : les puritains au pouvoir

Le Commonwealth, une forme de régime républicain0 Armes du Commonwealth, remplace la monarchie. Après la mise au pas de l’Irlande et de l’Écosse, le nouveau régime reste néanmoins menacé par les royalistes et les papistes. Cromwell, chef de l’armée, est nommé lord-protecteur et partage le pouvoir avec le conseil d’État. L’armée est traversée par de nombreux mouvements religieux indépendants (anabaptistes, quakers…) et devient un foyer de revendications sociales. Le parlement à tendance presbytérienne s’oppose au lord-protecteur, en particulier sur les questions religieuses. Il est régulièrement dissout et le régime ne trouva jamais de stabilité. Il se maintient grâce à la poigne de Cromwell mais s’effondre après sa mort. Pourtant la monarchie restaurée en 1660, reconnaît l’existence des non-anglicans, qualifiés de non-conformistes. Pour certains Anglais, le Commonwealth est associé à la dictature, pour d’autres à la liberté de conscience !

Le parlement dominé par les presbytériens veut maintenir une Église officielle (établie) et remplacer les évêques par des synodes. Cromwell et l’armée sont favorables à la liberté de conscience et donc sont opposés à « l’uniformité religieuse ».

   

SOMMAIRE

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étape 1 : Cambridge, l'école des puritains

 

étape 2 : Boston

et les Pères pélerins

 

étape 3 : Huntingdon, le berceau des Cromwell

 

étape 4 : Ely &

la carrière d'O. Cromwell

 

étape 5 : Bedford et

John Bunyan  

 

 

 

 

ÉTAPE 1 : CAMBRIDGE, L’ÉCOLE DES PURITAINS

 

 

Historique

Cambridge apparaît à l’époque romaine non loin de l’endroit où la via Devana franchit la Cam, en un lieu aujourd’hui appelé Castle Hill. La cité décline avec les invasions saxonnes puis vikings, pour renaître à l’époque normande.  

La vocation universitaire de la cité s’affirme au XIIIe siècle. La première école dite « de Pythagore » est fondée en 1200. Un conflit en 1209 à Oxford entre les étudiants et la population conduit certains à partir pour Cambridge. Peterhouse, le premier collège est érigé en 1284. Aujourd’hui l’université de Cambridge compte trente-et-un collèges.  

 

L’église du SaiL'église ronde (Cambridge)nt-Sépulcre

Cette église ronde médiévale (round Church), une des cinq d’Angleterre, fut construite à l’époque normande dans le style roman. Son nom rappelle que son plan circulaire est inspiré du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Un chœur rectangulaire lui a été ajouté ainsi qu’un déambulatoire autour de la rotonde. Cette église, devenue musée, est un bon point de départ pour la visite de la ville, une exposition permanente et un film (saints and scolars) y retracent l’histoire religieuse de la cité.    

 

 

Le Sidney Sussex College  

Ce collège fut fondé en 1596 par la comtesse de Sussex. Il fut l’un des deux collèges de Cambridge ouvertement puritains. Oliver Cromwell y étudia un an en 1616-1617. Une plaque à l’entrée de la chapelle rappelle que la tête du lord-protecteur est inhumée dans le collège depuis 1960. Lors de la restauration monarchique, les têtes des régicides furent fixées sur des pics. Lors d’une tempête la tête de Cromwell tomba et fut récupérée, puis passa de main en main pour arriver au collège ! L’authenticité de cette tête fait néanmoins débat par certains historiens.  1 plaque mortuaire (Sidney Sussex college) 

 

Emmanuel College  

Le collège fut fondé en 1584 par sir Walter Mildmay (1523-1589), alors chancelier de l’échiquier d’Elisabeth 1re. Dès les origines l Emmanuel college de Cambridgee fondateur veut en faire un lieu de formation des prédicateurs protestants…

D’où les interrogations de la reine : « Sir Walter, j’entends dire que vous avez érigé une fondation puritaine » ; Mildmay a répondu: « Non, Madame, loin de moi l'idée de tolérer quelque chose de contraire à vos lois établies, mais j'ai planté un gland qui, quand il deviendra un chêne, Dieu seul sait ce que sera le fruit de celui-ci ». Le portrait du fondateur est visible dans le réfectoire et la bibliothèque.

Mildmay achète à la Couronne un ancien monastère dominicain (black friars = moines noirs) et transforme les lieux. Ainsi la chapelle du couvent devient le réfectoire tandis que le réfectoire du couvent est transformé en chapelle puritaine, puis devient la bibliothèque. Une nouvelle chapelle est érigée par le reconstructeur de Londres, Christopher Wren en 1677. En 1984 des vitraux sont ajoutés représentant des hommes d’Église, des pères aux puritains.      

Le plus célèbre puritain[1] est un ancien élève du nom de John Harvard, qui étudia à l’Emmanuel College. Il en sort maître en théologie en 1635. Il émigre aux Amériques où il meurt de la tuberculose à l’âge de 31 ans. Le collège qui porte son nom fut fondé en 1636 par un vote de l'assemblée générale de la Massachusetts Bay Colony. En 16Harvard (chapelle de l'Emmanuel College)39, il fut rebaptisé « Harvard » en hommage au jeune pasteur puritain qui, en 1638, légua sa bibliothèque et la moitié de ses biens à la jeune institution. À ses débuts, elle comptait neuf étudiants et un professeur. La dénomination d'« université » ne date que de 1780. Comme nous n’avons aucun portrait de John Harvard, il a été représenté sur le vitrail sous les traits du poète John Milton ! En arrière-plan on peut discerner à droite le navire qui le conduisit au Nouveau Monde et à gauche le mémorial placé sur sa tombe à Charlestown (Massachussetts). Il tient à la main un phylactère avec l’inscription  « Populus qui creabitur laudabit dominum» - « Le peuple qui sera créé louera le Seigneur » (Psaume 52.18). À ses pieds se trouve une urne marqué « sal gentium » - « le sel de la nation » (peut-être une allusion à Matthieu 5.13 : « Vous êtes le sel de la terre »).  

 

Emmanuel Church  

La communauté de type congrégationaliste fut fondée en 1687 et a rejoint the United Reformed Church en 1972. L’édifice date de 1875. Le chœur est orné de vitraux du début du XXe siècle à l’effigie des principaux non-conformistes de Cambridge. On appelle ainsi depuis 1662 les non-anglicans du royaume. En bas du vitrail est indiqué le collège où chacun a étudié. À gauche Barrow Henry et Greenwood John sont les deux leaders puritains locaux de l’époque élisabéthaine. Tous deux furent arrêtés, condamnés et emprisonnés pour « écrit calomnieux contre la reine, avec intention malveillante ».  

Les deux plus célèbres puritains sont représentés au centre,Emmanuel Church (united reformed church) Cambridge d’une part Oliver Cromwell portant Bible et épée et d’autre part John Milton avec son œuvre majeure à la main Paradise lost. L’écrivain est un proche de Cromwell, connu pour ses poèmes et ses pamphlets. Il joua un rôle politique sous la République comme Secrétaire d'État aux langues étrangères (ministre des affaires étrangères). Il défend le régime par ses écrits (Eikonoklastes). Mais cet écrivain qui œuvre depuis l’âge de 10 ans devient aveugle à 40 ans, est emprisonné au début de la Restauration. Paradise lost connut un succès posthume et fut qualifié de « divine comédie du puritanisme » par Weber.    

Les deux premiers ministres non-conformistes terminent la liste, avec la figure de Holcroft Francis, prédicateur itinérant, qui refusa le livre de prière anglican et fut emprisonné en 1663 et en 1680. Hussey Joseph fut le premier ministre de la communauté congrégationaliste à l’origine de la paroisse.

 

 

Les autres puritains représentés dans la chapelle sont Benjamin Whichcote, professeur à l’Emmanuel College, puis au King’s college sous la Restauration, connu comme défenseur de l’esprit de tolérance, et Peter Sterry, théologien puritain.

 

 

ÉTAPE 2 : BOSTON ET LES PÈRES PÈLERINS

 

 Boston serait la contraction de Botolph’s Town ou de Botolph’s Stone. Botolph était un moine saxon du VIIe siècle, évangélisateur de la région. Boston fut une ville de commerçants, liée à la Hanse.

 

 Guilhall Museum

La guilde Sainte-Marie (fondée en 1390) était une association charitable à caractère religieux. Lors de la dissolution des monastères, en 1545, le lieu devint hôtel de ville et abrita une des prisons municipales. S’y trouvent d’ailleurs les cellules où furent internés les puritains qui avaient tenté de fuir vers la Hollande en 1607. Ils furent condamnés, comme « désobéissants en matière de religion », soit à une amende soit à un mois d’emprisonnement. Relâchés, ils fuirent en 1608 et s’installèrent à Leyde avant de partir sur le Mayflower en 1620. L’histoire des pères pèlerins commençait.

Les deux cellules furent occupées par William Bradford et William Brewster. Le premier fut gouverneur pendant plus de trente ans de Plymouth Colony. Son journal est une source d’informations précieuses sur les débuts de la première colonie puritaine du Massachusetts. William Brewster était le leader spirituel du groupe. Après des études à Peterhouse, il fonde une communauté à Scrooby. Il écrit des ouvrages à Leyde et y enseigne aux anglophones. Le plus érudit du groupe est qualifié d’ancien ou de patriarche selon sa tombe.

 

 Église Saint-Botolph

L’essentiel de l’église actuelle date du XIVe siècle et la tour surnommée stump du XVe. Du haut de ses 82 mètres, la tour domine les Fens, une ancienne région marécageuse asséchée depuis.

Pendant vingt ans John Cotton fut vicaire dans cette église, après cinq années d’études au Trinity College, et neuf années à l’Emmanuel College. La chaire, diJohn Cotton assiste au départ de l'Arbellate de Cotton, fut mise en place à son arrivée. Il fut l’archétype du puritain, membre de l’Église d’Angleterre favorable à toute une série de réformes qu’il appliquera lui-même : simplicité des vêtements et des cérémonies, longs sermons (avec un record de cinq heures !). Un vitrail de la Cotton Chapel le représente enseignant à des enfants, garçons et filles. La position de l’Église d’Angleterre se durcit sous l’archevêque Laud (représenté sur un vitrail) qui le démet de ses fonctions en 1632. Dès 1630, John Cotton encourage ses paroissiens à partir pour les Amériques. Un vitrail illustre le départ de l’Arbella en 1630 pour le Nouveau Monde. John Cotton salue les puritains embarqués. Il part lui-même en 1633.      

Un grand vitrail représente Anne Bradstreet, née Dudley, première poétesse américaine. Les éléments du décor font référence à son œuvre, ainsi le nid évoque l’un de ses poèmes les plus célèbres, I had eight birds hatcht in one nest. Une grande partie de son œuvre fut perdue dans l’incendie de sa maison en 1666. Son itinéraire nous rappelle l’importance de l’éducation chez les puritains, y compris pour les femmes.

À l’extérieur de l’église, des pierres rappellent le nom et la date de départ des puritains partis dans les années 1630 : William Coddington, qui fut gouverneur de la colonie de Rhode Island, Anne Hutchinson connue pour avoir défendu l’interprétation personnelle des Écritures, Simon Bradstreet qui fut gouverneur de la colonie du Massachussetts, Isaac Johnson bienfaiteur puritain qui organisa le départ de 1630. Le navire fut rebaptisé Arbella en l’honneur de sa femme décédée des suites du voyage…

 

  

  groupe dev Oliver cromwell museum

 

 

 

 

 

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Published by le gueux des bois
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