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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 13:14

Éditorial

LES PREMIERES GUERRES DE RELIGION

GUISE CONTRE COLIGNY

 

 

Les historiens comptent traditionnellement huit guerres de religion entre 1562 et 1598. Au fil du temps, les enjeux, les alliances et les acteurs ont changé. Les risques de confusion sont nombreux. C’est pourquoi nous allons nous limiter aux trois premières guerres de religion, celles qui précèdent la Saint-Barthélemy. Ces guerres opposent les grandes familles nobles. Un certain code de l’honneur et un respect mutuel marquent ces conflits fratricides. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’émotion provoquée par la mort du prince de Condé. Exécuter un prisonnier, et qui plus est un prince du sang, n’est pas dans les usages de la guerre. Les clivages religieux opposent donc les grandes familles, côté protestant les Condé et les Coligny, côté catholique les Guise et les Montmorency. Mais certaines familles sont elles-mêmes divisées comme les Bourbon. Ainsi Antoine repasse au catholicisme tandis que Jeanne d’Albret reste calviniste. Les contemporains ne parlaient d’ailleurs pas de guerre de religion mais de guerre civile. Nous allons dans ce livret suivre le destin croisé de deux familles, les Guise et les Coligny.

L’itinéraire commence par la résidence préférée des Guise, Joinville. L’auditoire et le château du grand jardin  permettront d’y découvrir la famille qui incarna le parti ultra-catholique.  C’est non loin de là, à Wassy, que le 1er mars 1562, les hommes du duc perpétraient le massacre qui marqua le début des guerres de religion. La visite de la ville et de la grange-musée vous permettra d’en savoir un pecouverture IPu plus.

La ville de Troyes a gardé peu de souvenirs du protestantisme mais ses musées et ses églises justifient un arrêt. Nous prendrons ensuite la direction du sud en traversant le pays d’Othe, qui fut un fief protestant. La ville de Saint-Mards-en-Othe en a gardé des souvenirs surprenants.  

Les deux dernières étapes sont deux fiefs des Coligny. L’actuel château de Tanlay, un bel exemple d’architecture de la Renaissance du XVIe siècle, fut la résidence de François d’Andelot, le cadet des frères. Une fresque y représente les acteurs des guerres de religion. Tandis que Chatillon-Coligny est un parfait exemple de fief protestant, celui de l’Amiral. L’itinéraire est dense et il vous faut compter trois jours pour tout visiter.

 

HISTORIQUE

Mise en contexte

Le contexte d’avant-guerre, en particulier le court règne de François II, est important pour comprendre le début des guerres. Le royal adolescent confie le gouvernement aux Guise (le duc et le cardinal). Cette courte régence est marquée par la conjuration d’Amboise, une tentative d’enlèvement du roi pour le soustraire aux Guise. Mais les conjurés protestants sont exécutés. L’événement marque les esprits. Les nobles protestants craignent l’influence du parti catholique et les répressions. Les catholiques se méfient des complots protestants. La mort du frêle roi en 1560 fait perdre aux Guise leur influence politique. La régence de Catherine de Médicis est marquée du sceau de la tolérance. Le colloque de Poissy est une initiative royale cherchant à concilier les deux confessions. L’édit de Janvier en 1562 donne pour la première fois le droit de culte aux protestants sous certaines conditions. inauguration de deux nouvelles plaques (1er mars 2012). A d

Le massacre de Wassy se déroule d’ailleurs lors d’un de ces cultes. Les protestants dirigés par le prince de Condé, qualifié de« protecteur général des Églises réformées », prennent les armes pour libérer le roi, otage du parti catholique. Ce premier conflit est d’abord une guerre de sièges. On compte une seule grande bataille « fort cruelle », Dreux et déjà de nombreux morts, comme Antoine de Bourbon, François de Guise et Saint-André, et de nombreux prisonniers. La mort du duc de Guise précipite le règlement du conflit par l’édit d’Amboise, moins favorable aux protestants que l’édit de Janvier.

La deuxième guerre de religion s’ouvre par la Surprise de Meaux, une tentative de capture de la famille royale par les huguenots. On compte une grande bataille (Saint-Denis), des sièges et parmi les morts le connétable Anne de Montmorency.

La troisième guerre de religion commence par la fuite des chefs huguenots. Se sentant menacés, Condé et Coligny reprennent les armes et s’enfuient à La Rochelle. Mais en 1569 le prince de  Condé meurt lors de la bataille de Jarnac. Une ruade de cheval lui casse la jambe, il se rend mais est assassiné. Montesquiou lui fait sauter la cervelle par un coup de pistolet. Coligny devient de fait le chef des armées protestantes[1]. Malgré les défaites huguenotes[2], la paix de Saint-Germain est favorable aux protestants qui obtiennent pour la première fois quatre places de sûreté. Les négociateurs catholiques étant le maréchal de Biron qui boite et Henri de Mesme seigneur de la Malassise, les huguenots parlent d’une « paix boiteuse et mal assise ».

 

généalogie des Guise

 

L’ascension interrompue des Guise

La famille des Guise est la branche cadette de la maison de Lorraine. Claude de Lorraine, fils puîné de René II de Lorraine, hérite des fiefs français du duc. Il fixe sa résidence à Joinville aux portes de la Lorraine. Il est un prince de la Renaissance qui se couvre de gloire lors des guerres d’Italie et se fait construire un château de plaisance sur ses terres de Joinville. Fidèle de François, 1er ce dernier en fait le premier duc de Guise. La famille renforce ses positions par une stratégie à la fois matrimoniale et religieuse. Ainsi les Guise comptent nombre d’évêques et de cardinaux. Le mariage le plus réussi politiquement fut celui de Marie de Guise avec le roi d’Écosse… ce qui fit d’elle la mère de Marie Stuart… épouse de François II. C’est pourquoi les Guise comme oncles du couple royal assurent la régence sous leur règne. François, deuxième duc de Guise fut un redoutable chef de guerre. On lui doit la prise de Calais aux Anglais en 1558. Il devient ensuite un acteur majeur de la première guerre de religion. Ses troupes sont à l’origine du massacre de Wassy et sa mort en forêt d’Orléans précipite la fin de ce premier conflit. L’assassin ayant été payé par Coligny, le troisième duc de Guise, Henri le Balafré, en garda une haine tenace à son égard. La mort de l’amiral lors de la Saint-Barthélemy clôt la rivalité entre les deux familles…

  généalogie des Coligny

Le destin brisé des Coligny

La famille des Coligny est originaire du Revermont, aux confins du Jura. Elle devient française en obtenant par mariage Châtillon-sur-Loing. La branche aînée passa au protestantisme au XVIe siècle. Les frères Coligny, Gaspard, Odet et François, en sont les membres les plus illustres.

Les trois frères Coligny sont les fils de Gaspard 1er de Coligny, maréchal de Châtillon, et de Louise de Montmorency, sœur du connétable Anne de Montmorency. Odet, l’ainé, eut une carrière ecclésiastique fulgurante ! Il est cardinal à 16 ans, puis archevêque de Toulouse et évêque-comte de Beauvais. Il joua surtout un rôle diplomatique lors des guerres de religion.  Gaspard est le plus connu des trois. Il s’illustre comme chef de guerre contre les Habsbourg. En 1557 il défend vaillamment la ville de Saint-Quentin assiégée par les Espagnols. Sa volonté de défendre la Réforme pouvait coexister avec la grandeur de la France. Ainsi il tenta de fixer des colonies huguenotes en Floride et au Brésil, sans succès. Quand il souhaite intervenir aux Pays-Bas espagnols en révolte, il cherche à la fois à unir les Français contre l’ennemi et à défendre ses coreligionnaires. François, seigneur d’Andelot, est le cadet des trois, mais c’est le premier à se convertir au protestantisme. Sa carrière est essentiellement militaire. Lors des guerres de religion il fut de toutes les batailles : Dreux (1562), Saint-Denis (1567) et Jarnac (1569). Tous les trois eurent une fin tragique, François d’une maladie inconnue en 1569, Odet de Chatillon, empoisonné par son valet en 1571 et Gaspard de Coligny comme première victime de la Saint-Barthélemy en 1572.


[1] Les huguenots parlent d’armée des princes. Le nouveau prince de Condé et Henri de Navarre sont les chefs théoriques mais trop jeunes dans les faits.

[2] La bataille de Moncontour est la pire défaite protestante.

 

 

Étape 1 JOINVILLE, FIEF DES GUISE

 

L’auditoire

L’auditoire fut érigé au XVIe sur l’initiative d’Antoinette de Bourbon, veuve de Claude de Lorraine. Son blason est visible en façade, avec les armes des Guise dans la partie gauche et celles de la branche cadette des Bourbon à droite. L’auditoire était d’abord le tribunal du bailliage de Joinville, mais il a aussi servi de prison (chambres des pailleux et cachots), de lieu de stockage des impôts en nature comme le champart et même de caserne au XIXe siècle. Les graffitis des prisonniers comme des soldats sont encore visibles sur les murs. L’auditoire retrace l’histoire de la cité de Joinville. Vous trouverez au rez-de-chaussée la chambre du geôlier et les cellules et à l’étage une reconstitution du tribunal. La maquette de Joinville au 17ème siècle permet de distinguer le château d’en haut, la ville close, les faubourgs, le château du Grand Jardin et sur la hauteur, les fourches patibulaires pour exposer les corps des pendus. Est visible sur un mur la longue généalogie des seigneurs de Joinville parmi lesquels les Guise mais aussi le chroniqueur médiéval. Mannequins et figurines donnent vie aux grands épisodes de l’histoire de Joinville. Il ne faut pas rater la chambre d’honneur de Claude de Lorraine ni son cortège funèbre. Les funérailles du premier duc de Guise furent dignes d’un roi ! Au grenier, une série de salles s’inscrit dans la thématique des guerres de religion, en voici une sélection :

15. Claude de Lorraine et Antoinette de Bourbon reçoivent à Joinville le roi François 1er.

16. François de Guise et Anne d' Este reçoivent le roi Henri II et Catherine de Médicis.

17. 1559 François de Guise reçoit le roi François II et son épouse Marie Stuart

18. 1573, Henri de Valois en compagnie du roi Charles IX et de Henri de Navarre, futur Henri IV se rendent en Pologne.

19. 1588 Signature du Traité de la Ligue à Joinville par Henri de Guise

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Le château du grand jardin

Le château du grand jardin (appelé aussi château d’en bas) fut construit sous Claude de Lorraine entre 1533 et 1546. Le qualificatif de château est néanmoins inadapté car le lieu ne fut ni une résidence ni un lieu de pouvoir,  et n’eut jamais de fonction défensive ! Il serait plus juste de parler de pavillon de plaisance, un espace dédié au repos et aux réceptions. C’est de retour d’Italie que Claude fait ériger, dans les années 1530, un des premiers châteaux de la Renaissance en France. Il fait d’ailleurs appel à des artistes italiens tels Serlio et Primatice. L’ensemble s’inscrit alors dans un jardin de 10 ha, aujourd’hui coupé par la nationale. Ce jardin Renaissance a été reconstitué avec canal, pont en dos d’âne, labyrinthe… Ce jardin d’agrément est plus destiné au plaisir des papilles gustatives qu’aux yeux ! Les arbres fruitiers sont les plus nombreux. La façade principale est agrémentée d’un escalier d’honneur et d’un décor renaissant : niches, coquilles, bas-reliefs antiquisants. Dans ce décor foisonnant on distingue un bras armé sorti de la nuée encadré d’un C et d’un A, des chars et des arcs de triomphe et des combats à l’Antique. Ce sont autant d’hommages rendus à Claude de Lorraine pour ses exploits militaires. La devise du duc a nourri les interprétations les plus fertiles !Claude est un proche de François 1er, qui séjourne plusieurs fois à Joinville. Certains artistes de Fontainebleau viennent à Joinville tel Serlio qui réalise les plans. Dans les années 1540, deux pavillons sont ajoutés de part et d’autre. L’un est la chapelle et l’autre les appartements du duc. Au XIXe siècle le château est transformé en maison bourgeoise. La chapelle désaffectée à la révolution est transformée en orangerie, comme l’indiquent les grandes fenêtres vitrées. Elle abrite aujourd’hui un tabernacle du 17ème siècle et deux statues en albâtre du tombeau de Claude. Le tombeau  qui se trouvait au château d’en haut  a été détruit à la révolution. Les deux statues associées aux vertus républicaines ont été préservées : la justice avec épée et balance et la tempérance qui verse de l’eau dans son vin. Une gravure permet se faire une idée du tombeau : le duc et la duchesse sont représentés deux fois, en orants (en prière) et en transis (corps nu et décharné). L’ensemble était entouré des quatre vertus cardinales. Le château a été classé en 1925 puis est devenu propriété du département en 1978. Les jardins ont été classés en 1991.

 Joinville (monogramme)

 

 

 

 

 

 

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Published by le gueux des bois - dans France
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