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  • : Le blog du gueux des bois : invitation aux voyages protestants
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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 23:46

Éditorial

 

Bruxelles la protestante

 

Vous connaissez Bruxelles la ville internationale, siège des  institutions européennes et de l’OTAN, Bruxelles la capitale de la Belgique avec le parlement fédéral et ses palais royaux… mais connaissez-vous la Bruxelles des protestants ?

Au XVIe siècle Bruxelles est la capitale des Pays-Bas, un vastBrederode, le grand gueuxe ensemble de possessions qui s’étire de la Frise à l’Artois, réunis par les ducs de Bourgogne et transmis aux rois d’Espagne. Bruxelles est donc notre capitale, au cœur de notre histoire du XVIe siècle. Qui sait que le terme de Gueux fut donné à Bruxelles par la gouvernante des Pays-Bas, que les premiers martyrs protestants furent exécutés sur la Grand-Place de Bruxelles,  que le premier roi des Belges était protestant ? L’histoire des protestants de Bruxelles est à la fois bien discrète et bien réelle.

L’itinéraire proposé se limite au centre de la ville et suit la chronologie des événements. Le matin peut être consacré à l’histoire des gueux à travers les figures des comtes d’Egmont et de Horne. L’après-midi est quant à lui consacré à la contre-réforme et à la tolérance. Musées, cathédrale, temple, places et statues jalonneront votre parcours.

 

Bonne visite

 

 

 

 

1000 ANS D’HISTOIRE

 

Avant la Réforme

Les origines de Bruxelles sont assez obscures. La ville est-elle apparue dès l’époque romaine ou au haut moyen-âge ? Son nom signifie-t-il le « temple sur la hauteur » ou de la « résidence du marais » ?  Nos sources confirment l’existence au VIIe siècle[1] d’une bourgade appelée Brosella. Au XIe siècle, le comte de Brabant transfert sa capitale à Bruxelles abandonnant Louvain. La vocation de capitale commence pour la cité des bords de la Senne. Au XVe siècle le Brabant passe aux mains des ducs de Bourgogne et Bruxelles devient la capitale d’un vaste ensemble appelé les Pays-Bas bourguignons. Au XVIe siècle les Pays-Bas deviennent espagnols.

 

Aux temps de la Réforme

Les premiers protestants sont signalés dès les années 1520 et en 1523 les premiers martyrs sont exécutés sur la Grand-Place. Malgré les persécutions le protestantisme progresse dans les Pays-Bas espagnols. En 1566 une délégation de nobles se rend chez la gouvernante pour y présenter le compromis des nobles, et reçoit à cette occasion le sobriquet de Gueux. Les hérétiques comme les signataires du compromis sont poursuivis  et jugés. C’est à Bruxelles que s’abat la répression du conseil de troubles, l’exécution des  comtes d’Egmont et de Hornes en est l’épisode le plus connu. En 1576 les Espagnols perdent le contrôle des Pays-Bas. Les atrocités commises par les troupes espagnoles, la répression impitoyable, la pression fiscale ont provoqué un mouvement de rejet général. En 1577 Guillaume d’Orange fait son entrée à Bruxelles  à l’invitation de l’assemblée des États-Généraux et est proclamé ruwaert du Brabant c’est-à-dire protecteur. Par l’Union de Bruxelles, les Pays-Bas décident de se diriger eux–mêmes.

En 1579 les églises sont visitées par les iconoclastes. En 1581 le culte catholique est aboli. La cité est gouvernée par les protestants jusqu’en 1585. Mais la république calviniste capitule devant Farnèse le 10 mars 1585.  Le général au service du roi d’Espagne fait preuve de clémence. Les protestants peuvent quitter la ville. Les seules victimes sont les défunts calvinistes déterrés des cimetières.

 

De la contre-réforme à la toléranceles archiducs (grand-place de Bruxelles)

Bruxelles retrouve alors sa vocation de capitale mais uniquement pour les Pays-Bas méridionaux (Belgique actuelle), le nord devenant les Provinces-Unies (Pays-Bas actuels). La contre-réforme s’y épanouit sous le  règne des archiducs entre 1598 et1621. Les placards rappellent les interdits et les sanctions contre les hérétiques, le baroque s’épanouit, les jésuites fondent des collèges un peu partout. Le  protestantisme est quasi éradiqué mais il existe des ilots à Bruxelles grâce aux Églises d’ambassades d’Angleterre et des Provinces-Unies.

Il faut attendre 1781 avec l’édit de Tolérance de l’empereur Joseph pour que les protestants obtiennent la liberté de conscience et le droit à un culte privé. Ensuite l’histoire du protestantisme bruxellois se confond avec celle de la France, la Belgique devenant française pour vingt ans. En 1802, sous le consulat, l’Église protestante de Bruxelles est officiellement constituée.

Le protestantisme connait un certain essor pendant la période hollandaise 1815-1830 et sous Léopold 1er, premier roi des Belges. Au XXe siècle Bruxelles voit apparaitre une multitude de dénominations protestantes, qui finissent par s’unir dans l’EPUB, qui s’apparente plus à une fédération qu’à une Église. Le congrégationalisme est la règle. Chaque paroisse a donc une personnalité propre et constitue une entité propre.



[1] Un texte du XIe siècle mentionne une visite en 695 à Brosella de l’évêque de Cambrai.

 


Etape 1 : LE COUDENBERG

 

Une Fonction politique ancienne   

Le Coudenberg, littéralement le mont froid, devint souslogo du musée du Coudenberg (1) les comtes de   Brabant le quartier politique de Bruxelles. C’est en effet sur ses hauteurs qu’ils éri gent un   p  remier château au XIe siècle. La décision de transférer leur capitale ici s’expliquerait  par l a proximité de la forêt de Soignes. Le parc royal témoigne de l’avancée d’une forêt aujourd’hui en partie réduite par l’urbanisation. Un nouveau château est construit par les ducs de Bourgogne puis agrandi et embelli par Charles Quint, l’empereur aux dix-sept couronnes. Le Coudenberg est alors une des plus belles résidences princières d’Europe. La salle d’apparat, la Aula magna, est le lieu de grands événements historiques comme l’abdication de Charles Quint en 1555 et la remise du compromis des nobles en 1566. Mais le palais est la proie des flammes dans la nuit du 3 au 4 février 1731. Laissé à l’état de ruine pendant trente ans, il est ensuite rasé pour laisser la place à un  ensemble classique composé de la place royale et du palais de Charles de Lorraine. L’ancienne aula magna se trouvait à l’emplacement de la place. Le musée du Coudenberg vous permet d’accéder aux fondations fantomatiques du château disparu.

 

Un quartier aristocratique

La présence du palais du Coudenberg attire la haute aristocratie qui érige de grands hôtels sur la colline… mais aucun des hôtels du XVIe siècle nous est parvenu ! Le plus prestigieux fut l’hôtel de Nassau. Les gouverneurs y logent après l’incendie. Mais il est rasé pour laisser place du palais de Charles de Lorraine.  Il n’en reste que la chapelle Saint-Georges du XIVe siècle, sauvée in extremis lors de l’édification du complexe du Mont des arts dans les années 60. La chapelle fut lieu de culte protestant sous Guillaume d’Orange. Un bas-relief de 1969 évoque l’ancien hôtel de Nassau.

 

La plaque commémorative (sur la façade de la caserne du prince Albert)

La caserne du prince Albert se trouve à l’emplacement de l’hôtel de Culembourg, lieu du banquet des gueux. C’est en effet là qu’Henri de Brederode rapporte les propos qu’il aurait entendus en donnant à la gouvernante le compromis des nobles. Marguerite de Parme impressionnée par la délégation est alors rassurée par l’un de ses conseillers qui lui dit «  N’ayez pas peur ce ne sont que des Gueux ! » Henri de Bréderode en fait le nom de ralliement des insurgés et le banquet de termine aux cris de « vivent les Gueux ». L’hôtel est détruit dès 1568 sur ordre du duc d’Albe. Il faut attendre 1884 pour que la plaque actuelle soit apposée. On y retrouve symboles et devises propres aux Gueux. L’expression « plutôt turc que papiste » rappelle que gueux et Turcs avaient alors un ennemi commun, le roi d’Espagne. Le croissant est à associer à cette devise. La besace, l’écuelle et la poignée de mains sont les symboles les plus connus des Gueux.  L’expression « Jusqu’à porter la besace » signifie que les insurgés sont prêts à rester fidèles à leurs idées jusqu’à tout perdre … ce qui finalement se réalisa ! Bon nombre des signataires furent soit exécutés, exilés ou dépossédés.

 

Etape 2 : le petit sablon

 

Le square

Le parc du petit sablon se situe à côte du palais d’Egmont, actuel ministère des affaires étrangères.

Comme son nom l’indique le Sablon était d’abord une carrière de sable puis fut un cimetière des indigents. Le parc actuel est inauguré en 1890. Beyart s’inspire pour la grille de la place des bailles de l’ancien palais du Coudenberg. Les statuettes de la grille représentent les 48 métiers de Bruxelles. 

   

Les dix grandes statues

Dix statues de belle taille sont disposées en hémicycle, chacune logée dans une niche de lierre grimpant. Elles représentent des personnalités importantes du XVI siècle. Seuls les protestants retiendront notre attention.

-         Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde (1538-1598) fut le bras droit de Guillaume d’Orange. Il est connu pour être l’auteur de l’hymne néerlandais et pour avoir défendu Anvers face aux Espagnols.

-         Henri de Bréderode (1531-1568) est un des inspirateurs du Compromis des Nobles qu’il remit à Marguerite de Parme. Il fut surnommé le grand Gueux. Il est représenté avec à l’épaule l’écuelle et la besace.

-         Rombaud Dodonée (1518-1585) était un  botaniste qui fit carrière comme professeur à l’Université de Leyde. Il écrivit l’Histoire des Plantes et publia le fameux herbier Cruydeboeck, dans lequel il classe les plantes selon leurs propriétés, leurs usages et leurs formes, et non plus par ordre alphabétique.

-         Gérard Mercator (1512-1594), De Cremer, de son nom, fut une géographe, cosmographe et mathématicien. Il est surtout connu pour la projection dite de Mercator. Le personnage tient un globe et un instrument de précision. Soupçonné d’hérésie, il mourut en exil.

-         Bernard Van Orley (1491-1542) fut un peintre qui travailla pour les tapissiers bruxellois. Il fut condamné pour hérésie.

-         Guillaume de Nassau, surnommé le Taciturne (1533-1584) fut le chef de la révolte contre l’Espagne.  Le prince d’Orange tient à la main droite le bâton de commandement, tandis que la main gauche est appuyée sur l’épée.

petit sablon, vue générale (2)

Le mémorial

Au centre du square se trouve le mémorial dédié à deux grands seigneurs des Pays-Bas espagnols, les comtes d’Egmont et de Horne. Lamoral quatrième comte d’Egmont (1522-1568) était un chef de guerre et s’illustra à Saint-Quentin en 1557. Il a été célébré comme héros de la liberté aux XVIIIe et XIXe siècles par des compositeurs (ouverture de Beethoven), des écrivains (le Don Carlos de Schiller), des peintres (les têtes coupées de Gallait)… Le comte d’Egmont devient au XIXe un héros national, victime d’une puissance étrangère. Philippe de Montmorency, comte de Hornes, apparait plus comme son acolyte. L’un et l’autre marchent vers l’échafaud, unis dans la mort et pour l’éternité. Ils furent les victimes les plus célèbres du conseil des troubles. Ils sont accusés de crime de lèse-majesté pour avoir composé avec les hérétiques en 1566, et avoir comploté contre le ministre Granvelle. Ce chef d’accusation ne leur permet pas d’être jugées par leurs pairs, les autres chevaliers de l’ordre de la toison d’or. Notons que les comtes d’Egmont et de Hornes étaient des Gueux d’État, des opposants politiques au roi d’Espagne, par opposition aux Gueux de religion, en l’occurrence les protestants.

Le monument de Fraikin (1864) est d’abord placé  sur la Grand-Place, devant la Maison du Roi, à l’emplacement même de l’exécution. Le mémorial est transporté au Petit Sablon en 1879. Le socle est orné de deux lansquenets et des armoiries des deux seigneurs. On peut lire l’inscription suivante : " Aux Comtes d’Egmont et de Hornes, condamnés par sentence inique du duc d’Albe et décapités à Bruxelles le 5 juin 1568 "

 

 

étape 3 : autour de la grand-place

étape 4 : la cathédrale

étape 5 : le musée d'art ancien

étape 6 : la chapelle royale

 

la suite dès que possible

 

 

 


 

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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 12:20

Château d’Antoing et le protestantisme



Un Château et trois famillesChâteau d'Antoing vu du Bolwerk
Trois familles se sont succédées au Château d’Antoing : les d’Antoing éponyme, les Melun et les Ligne. Le propriétaire actuel est le prince Charles-Antoine de Ligne de la Trémoïlle.
Dès l’entrée, on remarque le « bolwerk », fortification avancée de la porte qui date de la première moitié du XVe siècle (1436-1452) et dont la construction a été commandée, de même que le donjon et la restauration de l’enceinte extérieur, par Jean 1er de Melun, le seigneur le plus important de toute l’histoire du château. Au siècle suivant, Yolande de Werchin, veuve de Hughes de Melun, fait bâtir le manoir et élever la tour de guet. Au XIXe siècle, le seigneur de Belœil, Eugène de Ligne, apporte les dernières modifications. Il fait ajouter deux tours en poivrière reliées à la tour de guet par une longue galerie gothique. Un perron et un double portail d’entrée flanqué de deux tourelles sont placés en saillie de cette galerie. L’architecte qui transforma le château dans le style gothique troubadour, se nommait Parent et non Viollet-le-Duc comme certains l’affirment.


Le château d'Antoing et la révolte des Pays-Bas
Le château d’Antoing se place sur notre itinéraire pour plusieurs raisons. La salle des chevaliers du donjon revêt une grande importance historique. Cette salle est qualifiés par certains des « fonts baptismaux » du compromis des nobles de 1566. En octobre 1565, Yolande de Werchin prépare le mariage de sa fille avec Floris de Montmorency, gouverneur de Tournai-Tournaisis. Elle projette d’organiser un tournoi et invite quelques nobles à venir préparer la fête. Arrivent ainsi au château, Guillaume le Taciturne, les comtes d’Egmont et de Hornes, Marnix de sainte Aldegonde, Brederode, pour ne citer que les plus connus. Après les noces, ils se réunissent plusieurs fois pour mettre au point le compromis des nobles, signé par 2000 nobles catholiques et protestants. C’est en présentant ce texte à la gouvernante à Bruxelles que ces noble furent qualifiés de gueux par un des conseillers de la gouvernante. Le prince  d’Antoing possède encore un des très rares exemplaires (12-13) qui subsiste de la fameuse coupes des gueux. Cette coupe était mise en évidence pour indiquer au visiteur entrant que les hôtes était opposés la politique espagnole.

C’est encore dans cette salle des chevaliers que Guillaume le taciturne aurait prononcé son fameux « je maintiendrai » (mon opposition à la politique espagnole). L’expression en français est devenue la devise de la famille des Orange-Nassau, puis celle de l’actuel royaume des Pays-Bas.

Les portraits des comtes de  Hornes et d’Egmont figurent dans cette salle, ainsi que celui de Marguerite de Parme alors gouvernante des Pays-Bas espagnols. Dans la salle seigneuriale se trouve une gravure couleur représentant la signature du compromis au château de Coudenberg à Bruxelles.

Pierre de Melun, troisième Prince d' Espinoy, Baron d'Antoing, gouverneur du Hainaut accepte en 1581 le commandement des troupes des États-généraux face aux Espagnols. Cette même année Alexandre Farnèse est envoyé par sa mDrapeau des princes de Ligneère Marguerite de Parme pour donner le siège à la ville de Tournai. Christine de Lallaing, épouse du gouverneur Pierre de Melun, parti guerroyer dans le nord de la France actuelle, assure la défense de la cité. En représailles, le château d’Antoing est assiégé, puis démantelé. Les tours arasées des fortifications extérieures en témoignent, ainsi qu’une trace d’un coup de bélier dans la porte en bois du bolwerk. Sur ordre de Marguerite de Parme les biens de Pierre de Melun sont confisqués et passent en 1590 après quelques péripéties dans la maison de Ligne, hormis les terres françaises qui restèrent à la maison de Melun-Espinoy.

on ajoutera encore à propose de ce château qu’il fut loué de 1901 à 1916 à des jésuites chassés de France par la loi Combes. S’inscrivit comme étudiant pour l’année scolaire 1907/1908 un certain… Charles De gaulle.

Info pratique

Entrée place Bara à Antoing. Tickets à l’office de tourisme. Visite tous les dimanches et jours fériés de la mi-mai à fin septembre. Pour les individuels, visites guidées uniquement à 15h et à 16h. Pour les groupes : tous les jeudis après-midi durant la même période et sur réservation.

 

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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 22:01

Lors de nos précédents itinéraires nous avons découvert que la révolte des Pays-Bas[1]  avait commencé dans le sud, en Flandre (Iconoclastes et Gueux des bois) et à Tournai (la Genève du Nord). Les troupes espagnoles du duc d’Albe puis d’Alexandre Farnèse mirent fin à cette insurrection. Mais si le sud échoua, il en alla différemment dans le nord, où sept provinces unis depuis 1579 dans l’union d’Utrecht ont formé les Provinces-Unies, pays protestant, ancêtre des Pays-Bas actuels. Cette victoire de la Réforme au nord repose sur un personnage clé, Guillaume le Taciturne appelé aussi Guillaume d’Orange-Nassau et sur les Gueux de la mer, pirates protestants devenus corsaires alliés à Guillaume puis patriotes !guillaume d'Orange-Nassau
L’itinéraire proposé nécessite deux jours. Le premier jour est consacré à Guillaume le Taciturne, le père de la Patrie. Breda dont la grande église abrite la nécropole des Nassau-Breda sera l’occasion pour nous de présenter l'héritage du Taciturne et de répondre à la question "comment un prince allemand est-il devenu néerlandais". Le château de Breda fut la premier lieu de résidence de Guillaume et aussi le lieu de signature du compromis des nobles de 1566. Plus au nord, la petite ville de Willemstad qui porte le nom de son fondateur, abrite le premier temple érigé aux Pays-Bas du Nord. A Delft se trouve le tombeau du Taciturne et le palais où il fut assassiné. L'église wallonne de Delft était fréquentée par Guillaume et sa dernière femme, la huguenote Louise de Coligny. Le second jour est consacré aux Gueux de la mer. La ville de La Brielle est célèbre pour avoir été la première conquise par ces patriotes. Une fête (1er avril), un musée et l’église Sainte-Catherine en ont gardé le souvenir. Plus au sud en Zélande, à Middelburg, des tapisseries relatent les combats entre Gueux de la mer et Espagnols (musée de Zélande). Nous ne serons alors plus très loin de la France.

 


[1] Les Pays-Bas du XVIe siècle étaient plus vastes et englobaient la Belgique, le Luxembourg et le nord de la France actuels.

Prise de Brielle par les Gueux de la mer (1572) 
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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 21:34
   statue de Christine de Lalaing à Tournai
Alexandre Farnèse, général au service des Espagnols, aurait qualifié Tournai de « Genève du Nord ». En 1566, les protestants représentaient 85% de la population, à en croire le comte de Hornes. L’expression ne semble donc pas exagérée. Pourtant les débuts de la Réforme y furent placés sous le signe de la persécution et des exécutions. La fin tragique du pasteur Pierre Brully, capturé aux pieds des remparts de la ville, puis brûlé sur la grand-place, témoigne de ces temps difficiles. Pourtant le protestantisme finit par y triompher. La réforme calviniste se diffusa par la prédication (clandestine) de l’Évangile, la distribution d’aumône aux pauvres (diaconat) et par les chambres de rhétorique.
Par deux fois, la ville fut assiégée par les Espagnols en 1567 et en 1581, à deux moments où catholiques et protestants des dix-sept provinces furent unis face à la « tyrannie espagnole ». La statue de Christine de Lallaing témoigne de la résistance autant héroïque que vaine de la cité. Après le siège de 1581, les protestants furent condamnés à l’exil ou à la clandestinité. L’enseignement (collège des jésuites) et l’art (Rubens) furent les principales armes de la reconquête des âmes. L’histoire du protestantisme tournaisien ne s’arrête pourtant pas là !
La politique internationale fit de Tournai une place de garnison de la Barrière. Des troupes hollandaises, mais aussi des pasteurs s’installèrent dans la cité aux cinq clochers. L’Église de la Barrière attira les protestants des environs, y compris du nord de la France, jusqu’à ce que triomphe l’esprit de tolérance à la fin du XVIIIe siècle.
L’essentiel de l’itinéraire se déroule dans la ville de Tournai et tente de respecter la chronologie des événements. Les 
 tours Marvis,  vestiges des remparts qui furent le théâtre de la capture de Pierre Brully, sont le point de départ de la visite de Tournai la protestante. Les tableaux d'histoire de Gallait au musée des Beaux-arts présentent les grands acteurs de la révolte des Pays-Bas, tels Philippe II d’Espagne, le duc d’Albe et le comte d’Egmont. La grand-place permet de retracer les grands moments de la Réforme à Tournai : les persécutions avec le beffroi (prison échevinale), la tolérance avec la halle aux draps (temple provisoire) et la résistance avec la statue de Christine de Lallaing. La cathédrale (tableau de Rubens) et le collège des jésuites s’inscrivent dans une logique de contre-réforme. Les maisons romanes, devenues temple, abritent des oeuvres d'art et un service de sainte-cène de l'Église de la Barrière. La visite peut se terminer au magnifique château d'Antoing, qui fut un temps la résidence de Christine de Lallaing. C’est en ses murs que fut préparé le compromis des nobles de 1566. La salle des chevaliers en a gardé le souvenir.
Château d'Antoing 


Etape 1 Vestiges des remparts et tours Marvis

Arrivé en 1544 à Tournai, Pierre Brully peut être considéré comme le premier pasteur de la ville. Mais son ministère fut itinérant et il ne resta pas fixé à Tournai. De passage dans la ville, il est dénoncé à la municipalité et activement recherché. Les portes de la ville sont fermées. La mise à prix est fixée à vingt carolus d’or. Brully se cache et tente une évasion. La tentative se déroule sur les remparts entre les tours Marvis et l’Escaut. La descente à la corde se déroule comme prévu. Pierre Brully touche le sol mais… un de ses compagnons fait tomber une pierre mal scellée qui lui brise la cuisse… Immobilisé par la fracture, il est retrouvé au petit matin par le sentinelle. Après un long procès, il est condamné à être brûlé.

 

Info pratiques

Musée des beaux-arts, enclos Saint-Martin 7500 Tournai

ouvert de 10h à 12h et de 14h à 17h fermé le mardi et le dimanche matin (horaire d’hiver)

ouvert  de 9h30 à 12h30 et de 14h à 17h30 Fermé le mardi  (horaire d’été)

 

Etape 2 Musée de beaux-arts

Le musée des beaux-arts de Tournai fut construit par Horta, le grand maître de l’art nouveau. Il fut inauguré en 1928 et s’organise autour d’un hall très lumineux. Plusieurs tableaux d’histoire de Louis Gallait vont retenir notre attention. Ces œuvres de la moitié du XIXe siècle célèbrent les défenseurs des libertés d’un pays qui allait devenir la Belgique !

L’abdication de Charles Quint  (1841) est la première œuvre majeure de l’artiste. Ce tableau de 7 m sur 5, a nécessité 3 ans de travail acharné (recherche historique et iconographique). Il présente non seulement un moment d’histoire, mais aussi les grands acteurs des troubles religieux du XVIe siècle. Sont représentés, en toute logique Charles Quint et son fils Philippe II à qui seront remis les insignes du pouvoir. Mais c’est le héros de la résistance aux Espagnols qui est au centre du tableau en la personne de Guillaume d’Orange. Dans la foule se trouve le duc d’Albe en armure, telle une menace qui plane.

Les Derniers honneurs rendus aux comtes d’Egmont et de Hornes (1851), tableau appelé parfois les têtes coupées, est une oeuvre des plus célèbres de l’artiste. Les représentants des métiers de la ville rendent un dernier hommage aux deux nobles décapités le 5 juin 1568. Ils sont les victimes les plus célèbres du conseil de troubles mis en place par le duc d’Albe. L’un et l’autre étant des catholiques (modérés), ce sont bien les défenseurs des libertés (politique et religieuse) qui ont été exécutés. On peut se souvenir que le comte de Hornes, un temps gouverneur de Tournai, avait rétabli le calme par la négociation et le respect de la liberté de conscience. En 1566 il obtient la restitution des églises aux catholiques et confie un nouveau lieu de culte aux protestants. D’autres tableaux comme ceux de Braekleer Ferdinand représente la défense de Tournai par la princesse d’Espinoy.

Une statue en l’honneur du peintre Louis Gallait se trouve au parc communal. C’est là que se trouvait un temple … dans un grenier des annexes de l’hôtel de ville… de 1830-1973 !

 

Etape 3 Grand-place

Dans un des angles de la grand-place se trouve le beffroi du XIIIe siècle. Il servit de prison tout comme la maison du roy ou baillage. L’une était prison municipale et l’autre prison royale. Le scellement des barreaux aux fenêtres et l’emplacement des anneaux pour fixer les chaînes des prisonniers témoignent encore de ces temps révolus. On raconte que Jacques de la Pierre (emprisonné) fut interpellé par sa femme en ces termes : « Je m’en vais à d’autres noces » allusions aux noces de l’agneau Ap 19,9. Marie de la Pierre fut enterrée vivante en 1545. Son courage est célébré par Agrippa d’Aubigné dans les tragiques. Les exécutions eurent lieu sur la grand-place, face au baillage, de 1521 à 1564. Les victimes étaient décapitées, brûlées, pendues ou enfouies. Les condamnés pouvait subir des peines infamantes, telles des brûlures aux armes de Tournai ou la langue percée au fer rouge.

La halle aux draps (style renaissance reconstruites en grande partie après 1940) fut un temple de la Barrière entre 1715 (traité de la Barrière) et le départ des troupes hollandaises en 1782.

La grange aux dîmes de l’abbaye Saint-Martin (cf. la statue mutilé du saint) datée de 1633 fut offerte comme lieu de culte par le comte de Hornes en échange de la restitution des églises aux catholiques.

 

Au centre de la place fut érigée en 1863 la statue de Christine de Lalaing, princesse d’Espinoy. Cette œuvre d’Aimable Dutrieux fut commandée par la municipalité libérale et anticléricale. C’est une statue en bronze de 6m50 de hauteur et de 2,2 tonnes. Elle représente Christine de Lalaing en cuirasse levant sa hache… en direction de la cathédrale. Elle est un symbole de liberté et incarne la résistance à toutes les oppressions… historiquement elle a défendu la ville assiégée par les troupes espagnoles. En 1581, profitant de l’absence du gouverneur Pierre de Melun, Alexandre Farnèse assiège la cité. Mais l’épouse du gouverneur de Tournai organise la défense. Elle fait réparer les remparts, organise des sorties contre les Espagnols. Après un  siège de deux mois, la capitulation est néanmoins signée le 30 novembre 1581. Une amnistie est accordée aux Tournaisiens et les privilèges de la cité sont conservés. Christine de Lalaing quitte la ville avec les honneurs et se retire à Anvers où elle meurt en 1582. Aujourd’hui Christine de Lalaing est un des cinq géants de la cité

 

La Cathédrale, classée patrimoine mondiale de l’humanité nous rappelle que la ville est le siège d’un évêché. C’est un très bel exemple de passage de l’art roman (nef et transept du XIIe) à l’art gothique (chœur du XIIIe ). « La délivrance des âmes du purgatoire » (1634-1636) de Rubens se trouve dans la chapelle Saint-Louis. Les âmes sont symboliquement représentées sous forme humaine. Au sommet la vierge intercède. Le thème s’inscrit dans la contre-réforme, puisque les protestants ne reconnaissent ni l’intercession des saints, ni l’existence du purgatoire.

 

Info pratiques

Maisons romanes : 12-14 rue Barre saint-Brice 7500 tournai

Ouvertes avant le culte : 10h-10h30

Renseignements : pasteur Jean-Joseph Hugé Tél. 0032 69 22 43 93 email :jj.huge@laposte.net

 

Etape 4 Les maisons romanes

En franchissant le pont vous arrivez dans le quartier Saint-Brice qui dépendait de la juridiction du diocèse de Cambrai au temps de la réforme. Y loger permettait d’échapper aux autorités ecclésiastiques de Tournai. Guy de Brès y loua un pavillon dans la ruelle des groseilliers (non loin des remparts). Il épousa une Tournaisienne Catherine Ramon avec laquelle il eut cinq enfants.

Des deux maisons du XIIe siècle, il ne reste plus d’origine que les façades et les murs mitoyens. Depuis leur restauration, les deux maisons n’en forment plus qu’une. En 1958 la municipalité décide du transfert du temple dans les maisons romanes. En décembre 1973, le premier culte est assuré.

Lors des cultes avec sainte cène, vous pourrez admirer le service du XVIIIe siècle dit de la Barrière. Il se compose d’un grand plat ovale (daté de 1708) et de deux gobelets (datés de 1711) aux armoiries des Provinces-Unies. Sont gravés le lion des Nassau tenant les attributs de la République (glaive et sept flèches). Chaque flèche représente une province. Leur force vient de leur union. L’ensemble est surmonté d’une couronne signe de souveraineté. Le service fut offert par les officiers de la garnison hollandaise lors de leur départ, puis caché de 1785 à 1815 à Rongy et Lecelles.

Au fond à gauche, un vitrail en verre et béton évoque l’Ancien Testament (tables de la loi) et le Nouveau Testament (croix entourée d’une mouvement de mains jointes). Deux œuvres sont en dépôt dans le temple : un vitrail dans un cadre en bois représentant l’exécution de deux premiers martyrs protestants Jean Van Esch et Henri Voes, exécutés sur la grand-place de Bruxelles en 1523, et une toile de Philippe-Auguste Hennequin « la défense de Tournai pas la princesse d’Espinoy ». L’œuvre a peut-être inspiré le sculpteur … mais ici Christine de Lalaing, au centre, porte une épée et non une hache. Les monuments emblématiques de la cité (beffroi et cathédrale) sont visibles à l’arrière-plan.




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