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  • : Le blog du gueux des bois : invitation aux voyages protestants
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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 13:14

Éditorial

LES PREMIERES GUERRES DE RELIGION

GUISE CONTRE COLIGNY

 

 

Les historiens comptent traditionnellement huit guerres de religion entre 1562 et 1598. Au fil du temps, les enjeux, les alliances et les acteurs ont changé. Les risques de confusion sont nombreux. C’est pourquoi nous allons nous limiter aux trois premières guerres de religion, celles qui précèdent la Saint-Barthélemy. Ces guerres opposent les grandes familles nobles. Un certain code de l’honneur et un respect mutuel marquent ces conflits fratricides. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’émotion provoquée par la mort du prince de Condé. Exécuter un prisonnier, et qui plus est un prince du sang, n’est pas dans les usages de la guerre. Les clivages religieux opposent donc les grandes familles, côté protestant les Condé et les Coligny, côté catholique les Guise et les Montmorency. Mais certaines familles sont elles-mêmes divisées comme les Bourbon. Ainsi Antoine repasse au catholicisme tandis que Jeanne d’Albret reste calviniste. Les contemporains ne parlaient d’ailleurs pas de guerre de religion mais de guerre civile. Nous allons dans ce livret suivre le destin croisé de deux familles, les Guise et les Coligny.

L’itinéraire commence par la résidence préférée des Guise, Joinville. L’auditoire et le château du grand jardin  permettront d’y découvrir la famille qui incarna le parti ultra-catholique.  C’est non loin de là, à Wassy, que le 1er mars 1562, les hommes du duc perpétraient le massacre qui marqua le début des guerres de religion. La visite de la ville et de la grange-musée vous permettra d’en savoir un pecouverture IPu plus.

La ville de Troyes a gardé peu de souvenirs du protestantisme mais ses musées et ses églises justifient un arrêt. Nous prendrons ensuite la direction du sud en traversant le pays d’Othe, qui fut un fief protestant. La ville de Saint-Mards-en-Othe en a gardé des souvenirs surprenants.  

Les deux dernières étapes sont deux fiefs des Coligny. L’actuel château de Tanlay, un bel exemple d’architecture de la Renaissance du XVIe siècle, fut la résidence de François d’Andelot, le cadet des frères. Une fresque y représente les acteurs des guerres de religion. Tandis que Chatillon-Coligny est un parfait exemple de fief protestant, celui de l’Amiral. L’itinéraire est dense et il vous faut compter trois jours pour tout visiter.

 

HISTORIQUE

Mise en contexte

Le contexte d’avant-guerre, en particulier le court règne de François II, est important pour comprendre le début des guerres. Le royal adolescent confie le gouvernement aux Guise (le duc et le cardinal). Cette courte régence est marquée par la conjuration d’Amboise, une tentative d’enlèvement du roi pour le soustraire aux Guise. Mais les conjurés protestants sont exécutés. L’événement marque les esprits. Les nobles protestants craignent l’influence du parti catholique et les répressions. Les catholiques se méfient des complots protestants. La mort du frêle roi en 1560 fait perdre aux Guise leur influence politique. La régence de Catherine de Médicis est marquée du sceau de la tolérance. Le colloque de Poissy est une initiative royale cherchant à concilier les deux confessions. L’édit de Janvier en 1562 donne pour la première fois le droit de culte aux protestants sous certaines conditions. inauguration de deux nouvelles plaques (1er mars 2012). A d

Le massacre de Wassy se déroule d’ailleurs lors d’un de ces cultes. Les protestants dirigés par le prince de Condé, qualifié de« protecteur général des Églises réformées », prennent les armes pour libérer le roi, otage du parti catholique. Ce premier conflit est d’abord une guerre de sièges. On compte une seule grande bataille « fort cruelle », Dreux et déjà de nombreux morts, comme Antoine de Bourbon, François de Guise et Saint-André, et de nombreux prisonniers. La mort du duc de Guise précipite le règlement du conflit par l’édit d’Amboise, moins favorable aux protestants que l’édit de Janvier.

La deuxième guerre de religion s’ouvre par la Surprise de Meaux, une tentative de capture de la famille royale par les huguenots. On compte une grande bataille (Saint-Denis), des sièges et parmi les morts le connétable Anne de Montmorency.

La troisième guerre de religion commence par la fuite des chefs huguenots. Se sentant menacés, Condé et Coligny reprennent les armes et s’enfuient à La Rochelle. Mais en 1569 le prince de  Condé meurt lors de la bataille de Jarnac. Une ruade de cheval lui casse la jambe, il se rend mais est assassiné. Montesquiou lui fait sauter la cervelle par un coup de pistolet. Coligny devient de fait le chef des armées protestantes[1]. Malgré les défaites huguenotes[2], la paix de Saint-Germain est favorable aux protestants qui obtiennent pour la première fois quatre places de sûreté. Les négociateurs catholiques étant le maréchal de Biron qui boite et Henri de Mesme seigneur de la Malassise, les huguenots parlent d’une « paix boiteuse et mal assise ».

 

généalogie des Guise

 

L’ascension interrompue des Guise

La famille des Guise est la branche cadette de la maison de Lorraine. Claude de Lorraine, fils puîné de René II de Lorraine, hérite des fiefs français du duc. Il fixe sa résidence à Joinville aux portes de la Lorraine. Il est un prince de la Renaissance qui se couvre de gloire lors des guerres d’Italie et se fait construire un château de plaisance sur ses terres de Joinville. Fidèle de François, 1er ce dernier en fait le premier duc de Guise. La famille renforce ses positions par une stratégie à la fois matrimoniale et religieuse. Ainsi les Guise comptent nombre d’évêques et de cardinaux. Le mariage le plus réussi politiquement fut celui de Marie de Guise avec le roi d’Écosse… ce qui fit d’elle la mère de Marie Stuart… épouse de François II. C’est pourquoi les Guise comme oncles du couple royal assurent la régence sous leur règne. François, deuxième duc de Guise fut un redoutable chef de guerre. On lui doit la prise de Calais aux Anglais en 1558. Il devient ensuite un acteur majeur de la première guerre de religion. Ses troupes sont à l’origine du massacre de Wassy et sa mort en forêt d’Orléans précipite la fin de ce premier conflit. L’assassin ayant été payé par Coligny, le troisième duc de Guise, Henri le Balafré, en garda une haine tenace à son égard. La mort de l’amiral lors de la Saint-Barthélemy clôt la rivalité entre les deux familles…

  généalogie des Coligny

Le destin brisé des Coligny

La famille des Coligny est originaire du Revermont, aux confins du Jura. Elle devient française en obtenant par mariage Châtillon-sur-Loing. La branche aînée passa au protestantisme au XVIe siècle. Les frères Coligny, Gaspard, Odet et François, en sont les membres les plus illustres.

Les trois frères Coligny sont les fils de Gaspard 1er de Coligny, maréchal de Châtillon, et de Louise de Montmorency, sœur du connétable Anne de Montmorency. Odet, l’ainé, eut une carrière ecclésiastique fulgurante ! Il est cardinal à 16 ans, puis archevêque de Toulouse et évêque-comte de Beauvais. Il joua surtout un rôle diplomatique lors des guerres de religion.  Gaspard est le plus connu des trois. Il s’illustre comme chef de guerre contre les Habsbourg. En 1557 il défend vaillamment la ville de Saint-Quentin assiégée par les Espagnols. Sa volonté de défendre la Réforme pouvait coexister avec la grandeur de la France. Ainsi il tenta de fixer des colonies huguenotes en Floride et au Brésil, sans succès. Quand il souhaite intervenir aux Pays-Bas espagnols en révolte, il cherche à la fois à unir les Français contre l’ennemi et à défendre ses coreligionnaires. François, seigneur d’Andelot, est le cadet des trois, mais c’est le premier à se convertir au protestantisme. Sa carrière est essentiellement militaire. Lors des guerres de religion il fut de toutes les batailles : Dreux (1562), Saint-Denis (1567) et Jarnac (1569). Tous les trois eurent une fin tragique, François d’une maladie inconnue en 1569, Odet de Chatillon, empoisonné par son valet en 1571 et Gaspard de Coligny comme première victime de la Saint-Barthélemy en 1572.


[1] Les huguenots parlent d’armée des princes. Le nouveau prince de Condé et Henri de Navarre sont les chefs théoriques mais trop jeunes dans les faits.

[2] La bataille de Moncontour est la pire défaite protestante.

 

 

Étape 1 JOINVILLE, FIEF DES GUISE

 

L’auditoire

L’auditoire fut érigé au XVIe sur l’initiative d’Antoinette de Bourbon, veuve de Claude de Lorraine. Son blason est visible en façade, avec les armes des Guise dans la partie gauche et celles de la branche cadette des Bourbon à droite. L’auditoire était d’abord le tribunal du bailliage de Joinville, mais il a aussi servi de prison (chambres des pailleux et cachots), de lieu de stockage des impôts en nature comme le champart et même de caserne au XIXe siècle. Les graffitis des prisonniers comme des soldats sont encore visibles sur les murs. L’auditoire retrace l’histoire de la cité de Joinville. Vous trouverez au rez-de-chaussée la chambre du geôlier et les cellules et à l’étage une reconstitution du tribunal. La maquette de Joinville au 17ème siècle permet de distinguer le château d’en haut, la ville close, les faubourgs, le château du Grand Jardin et sur la hauteur, les fourches patibulaires pour exposer les corps des pendus. Est visible sur un mur la longue généalogie des seigneurs de Joinville parmi lesquels les Guise mais aussi le chroniqueur médiéval. Mannequins et figurines donnent vie aux grands épisodes de l’histoire de Joinville. Il ne faut pas rater la chambre d’honneur de Claude de Lorraine ni son cortège funèbre. Les funérailles du premier duc de Guise furent dignes d’un roi ! Au grenier, une série de salles s’inscrit dans la thématique des guerres de religion, en voici une sélection :

15. Claude de Lorraine et Antoinette de Bourbon reçoivent à Joinville le roi François 1er.

16. François de Guise et Anne d' Este reçoivent le roi Henri II et Catherine de Médicis.

17. 1559 François de Guise reçoit le roi François II et son épouse Marie Stuart

18. 1573, Henri de Valois en compagnie du roi Charles IX et de Henri de Navarre, futur Henri IV se rendent en Pologne.

19. 1588 Signature du Traité de la Ligue à Joinville par Henri de Guise

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Le château du grand jardin

Le château du grand jardin (appelé aussi château d’en bas) fut construit sous Claude de Lorraine entre 1533 et 1546. Le qualificatif de château est néanmoins inadapté car le lieu ne fut ni une résidence ni un lieu de pouvoir,  et n’eut jamais de fonction défensive ! Il serait plus juste de parler de pavillon de plaisance, un espace dédié au repos et aux réceptions. C’est de retour d’Italie que Claude fait ériger, dans les années 1530, un des premiers châteaux de la Renaissance en France. Il fait d’ailleurs appel à des artistes italiens tels Serlio et Primatice. L’ensemble s’inscrit alors dans un jardin de 10 ha, aujourd’hui coupé par la nationale. Ce jardin Renaissance a été reconstitué avec canal, pont en dos d’âne, labyrinthe… Ce jardin d’agrément est plus destiné au plaisir des papilles gustatives qu’aux yeux ! Les arbres fruitiers sont les plus nombreux. La façade principale est agrémentée d’un escalier d’honneur et d’un décor renaissant : niches, coquilles, bas-reliefs antiquisants. Dans ce décor foisonnant on distingue un bras armé sorti de la nuée encadré d’un C et d’un A, des chars et des arcs de triomphe et des combats à l’Antique. Ce sont autant d’hommages rendus à Claude de Lorraine pour ses exploits militaires. La devise du duc a nourri les interprétations les plus fertiles !Claude est un proche de François 1er, qui séjourne plusieurs fois à Joinville. Certains artistes de Fontainebleau viennent à Joinville tel Serlio qui réalise les plans. Dans les années 1540, deux pavillons sont ajoutés de part et d’autre. L’un est la chapelle et l’autre les appartements du duc. Au XIXe siècle le château est transformé en maison bourgeoise. La chapelle désaffectée à la révolution est transformée en orangerie, comme l’indiquent les grandes fenêtres vitrées. Elle abrite aujourd’hui un tabernacle du 17ème siècle et deux statues en albâtre du tombeau de Claude. Le tombeau  qui se trouvait au château d’en haut  a été détruit à la révolution. Les deux statues associées aux vertus républicaines ont été préservées : la justice avec épée et balance et la tempérance qui verse de l’eau dans son vin. Une gravure permet se faire une idée du tombeau : le duc et la duchesse sont représentés deux fois, en orants (en prière) et en transis (corps nu et décharné). L’ensemble était entouré des quatre vertus cardinales. Le château a été classé en 1925 puis est devenu propriété du département en 1978. Les jardins ont été classés en 1991.

 Joinville (monogramme)

 

 

 

 

 

 

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 21:15

 

Éditorial

 

Le Paris d’Henri IV

 

Arpenter les rues du Paris d’Henri IV, c’est partir à la découverte des grandes réalisations de son règne comme les places royales, son « grand dessein » pour le Louvre, ou l’achèvement du Pont-neuf. Mais il serait réducteur de limiter le Paris d’Henri IV aux réalisations de son règne. Il faut y ajouter le Paris où Henri vécut et mourut. C’est devant Notre-Dame qu’il se maria, au Louvre qu’il trouva refuge lors de la Saint-Barthélemy et dans la rue de la ferronnerie que Ravaillac le poignarda en ce 14 mai 1610. Mais avec Henri IV l’histoire se mêle souvent à la légende. Le square du vert galant évoque Henri le séducteur tandis que le bas-relief au pied de sa statue équestre représente le bon roi Henri donnant des vivres aux Parisiens affamés. On en oublierait presque que la ville aux mains de ses ennemis les ligueurs, lui résista de nombreuses années !

Les grands moments de la vie d’Henri IV ont inspiré les artistes. Gravures, médailles, tapisseries et tableaux relatifs à sa personne sont visibles à la BnF, au musée Carnavalet, au Louvre ou encore aux Archives nationa les.

Je vous propose donc un itinéraire où se mêlent l’Paris d'Henri IVhistoire et la légende, l’art et l’urbanisme. Nous pourrons découvrir les facettes multiples du  roi Henri IV  le Grand, tour à tour gu errier et constructeur, séducteur et honn i,  protestant  et converti, roi sans royaume et fondateur de dynastie !

  

Bonne visite

 

 

Pont-neuf.jpg

 

 

Étape 1 : Sur le Pont-Neuf… la continuité dynastique

 

D’Henri III à Henri IV

C’est sous le règne du roi Henri III, le dernier des Valois, que commence la construction du Pont-Neuf, le plus vieux pont de Paris ! La première pierre est posée en 1578, mais  l’œuvre commencée par Guillaume Marchant est achevée par l’architecte protestant Baptiste Androuet du Cerceau. Le pont n’est inauguré qu’en 1607. En menant à son terme le projet d’Henri III, Henri IV mettait en évidence la continuité dynastique entre les Valois et les Bourbon. Ce pont fut le premier à être construit sans maisons, une nouveauté devenue aujourd’hui banalité. Henri III voulut un pont non seulement pour relier les rives de la Seine, mais aussi un lieu d’agrément destiné à la promenade, avec trottoirs et bancs dans les arrondis. Ayant résisté à toutes les inondations, le pont a la réputation d’avoir des assises solides, d’où l’expression  « se porter comme le Pont-Neuf ». On installe en 1602 une pompe à eau destinée à alimenter le Louvre. «  La pompe de la Samaritaine », appelée ainsi en raison d’un bas-relief, a disparu mais le nom de « La Samaritaine » est resté.

projet de Pont-neuf

Anecdote : le pont des Pleurs

Ce pont aurait dû s’appeler le pont des Pleurs selon le vœu d’Henri III qui se lamentait alors de la mort en duel de ses mignons favoris. C’est pour la main d’une dame que deux mignons accompagnés de deux acolytes s’affrontèrent lors du « duel des mignons ». Henri III perdait alors quatre de ses favoris et en enterrait deux le jour où il posa la première pierre du pont !

 

Square du Vert- Galant

Un vert galant est un « Homme entreprenant malgré son âge ». Henri IV eut la réputation de l’être. Avec plus de 70 maitresses, la réputation ne semble pas usurpée ! Le square a été formé par la réunion d’ilots et a gardé le niveau originel des berges de la Seine,  le reste de l’ile de la Cité étant rehaussé de 7 mètres.

 

Statue équestre d’Henri IV

La décision d’ériger une statue au milieu du Pont-Neuf est prise dès 1610. L’inauguration eut lieu en  1614. De cette première statue, achevée par Tacca, élève de Jean Bologne, il ne reste que peu de choses, la statue ayant été détruite à la Révolution. Des débris sont exposés au musée Carnavalet, tandis que les statues d’esclaves placées aux angles du piédestal sont visibles au Louvre.

En 1818, Louis XVIII, pour assoir sa légitimité, fait ériger  une nouvelle statue à partir d’une statue en bronze du général d’Empire, Desaix. Le sculpteur Lemot (bonapartiste) aurait dissimulé une statuette de Napoléon et l’Henriade de Voltaire. On a trouvé dans la statue, lors de la restauration de 2004,  trois boites contenant des parchemins pour le moment illisibles, un exemplaire de l’Henriade de Voltaire mais aucune statuette de Napoléon comme le disait la légende.

 

Henri IV ravitaillant les Parisiens (Pont-neuf)


Les bas-reliefs présentent les relations entre Henri IV et Paris sous le signe de la concorde. D’un côté Henri IV ravitaille 3000 Parisiens lors du siège de 1590 et de l’autre Henri entre dans la ville. A droite les clés lui sont offertes tandis que le roi prend la direction de Notre-Dame pour un Te Deum. On  oublierait presque que Paris résista des années à Henri IV et qu’elle fut la capitale de la Ligue ! Il fallut la conversion du roi et son sacre pour que la ville ouvre ses portes : « Paris vaut bien une messe » comme nous le dit la légende. La phrase n’est pas historique et pourtant tellement vraie !

 

Etape 2 : Les places

 

Place Dauphine

La place Dauphine est la première place royale à avoir été érigée en France. Elle était initialement fermée,  mais le rang le plus petit a été détruit pour laisser place à l’escalier du palais de justice. C’est  Achille de Harlay, premier président au parlement de Paris, qui a la charge de construire la place en 1607. Il distribue des lots privés mais fixe des règles de construction communes. C’est un bel exemple d’urbanisme concerté. Les 32 maisons associent la brique à la pierre et sont surmontées d’un toit d’ardoise à mansarde. La place a servi de modèle à la place des Vosges. La forme triangulaire a été dictée par la forme de l’île.

 

place dauphine (détail d'un tableau)

 

Place de l’Hôtel de Ville

Cette place s’appelait précédemment la place de Grève. On appelait alors grève un espace d’échouage couvert de gravier. Ce fut la première place de Paris, destinée au commerce, la grève faisant fonction de port fluvial. Ce fut aussi un lieu de fêtes (Saint-Jean) et d’exécutions. Le régicide Ravaillac y fut exécuté en 1610. L’hôtel de ville est une reconstruction de la fin du XIXe siècle, mais la partie centrale est une réplique de l’hôtel de ville renaissance érigé par Boccador, l’architecte de Chambord. L’ensemble est achevé sous Henri IV.

 

Anecdote : l’exécution de Ravaillac

Dans un premier temps Ravaillac est conduit devant Notre-Dame où il doit faire amende honorable. Amené devant l’église des Innocents non loin du lieu du crime, on lui brûle la main droite. Place de Grève, il subit le supplice des tenailles puis celui de la poix. On verse sur ses plaies plomb fondu, poix-résine etc… Enfin Ravaillac est écartelé par quatre chevaux pendant deux heures. Son corps démembré est brûlé. L’ampleur du supplice est proportionnelle à celle du crime, parricide et sacrilège.

 

Place des Vosges

Au XVIe siècle, l’hôtel des Tournelles occupait en partie l’emplacement de la place. Henri II blessé lors d’un tournoi en 1559 y agonise avant de  mourir. Catherine de Médicis abandonne le palais qui tombe en ruine. En 1604 Henri IV décide de faire construire une manufacture de soie sur l’actuel côté nord de la place. Le roi donne le terrain à des investisseurs privés et distribue subventions et titres de noblesse. La manufacture se compose alors d’un pavillon central et de douze maisons.  Puis une place est créée devant la manufacture qui est finalement détruite en 1607. Sully est le maitre d’œuvre de la place royale baptisée aujourd’hui place des Vosges. Des lots sont distribués à des investisseurs privés autour d’un carré de 140m de côté. Les  4 x 9 pavillons sont identiques sauf ceux du roi et de la reine qui sont plus hauts. Par son style, la place s’inspire de la place Dauphine. Les portiques sont la seule véritable innovation. La place est inaugurée en 1612. Elle était alors sablée car destinée aux loisirs aristocratiques. Elle n’est pas encore l’archétype de la place royale, espace clos centré sur la statue du roi. Une statue équestre de Louis XIII est ajoutée sous Richelieu, mais abattue en 1792 à la chute de la royauté. La statue actuelle est une réplique de la Restauration (sous Louis XVIII). Les balcons sont ajoutés aux XVIIe et XVIIIe siècles.

 

 

Étape 3 : Quatre hôtels du Marais

 

Hôtel de Sully

L’hôtel est construit entre 1625 et 1630. Il est acquis par Sully en 1634. L’ancien ministre d’Henri IV a alors 75 ans ! L’hôtel resta dans la famille jusqu’en 1752. Racheté par l’état en 1944, il est devenu en 1967 siège de la Caisse nationale des monuments historiques (Centre des monuments historiques depuis 2001). Le plan est celui d’un hôtel à la française du XVIIe siècle avec un corps de logis entre cour et jardin. Deux pavillons encadrent l’entrée côté rue, surmontée d’une terrasse.

 

Hotel-de-Sully.jpg

 

Hôtel de Mayenne

L’hôtel est acquis par le duc de Mayenne en 1605. Jacques II Androuet du Cerceau, l’architecte de la galerie au bord de l’eau, transforme la demeure. Le style est très proche de celui de la place des Vosges. Les deux pavillons d’un étage étaient réunis par un mur percé d’une porte ouvrant sur une cour. Au fond se trouvait le corps de logis principal. L’ensemble est scandé de pilastres ioniques et doriques. Un corps de bâtiment  est ajouté entre les deux pavillons en 1889.

Le duc de Mayenne est  un bon exemple de ralliement à Henri IV. Charles de Mayenne fut pourtant un des principaux adversaires d’Henri IV. Après l’exécution de ses frères,Henri de Guise et le cardinal de Lorraine à Blois, il devient le chef de la Ligue. Il est battu à trois reprises par Henri IV aux batailles d’Arques, d’Ivry et de Fontaine-française. Il finit par se rallier à Henri IV en 1595 contre la somme de 2 650 000 livres et le gouvernement de Bourgogne.

 

Info pratiques

Musée Carnavalet, entrée visiteur rue de Sévigné. Ouvert tous les jours de 10h à 18h, sauf les lundis, jours fériés et dimanches de Pâques et de Pentecôte. Fermeture des caisses à 17h30

 

Hôtel Carnavalet

L’hôtel Carnavalet est une des rares demeures du XVIe siècle encore visible dans le Marais. Il est érigé de 1548 à 1560 pour Jacques des Ligneris, président au parlement de Paris. Il est acquis en 1578 par la veuve Françoise de Kernevenoy dont le nom est francisé en Carnavalet. Un  masque de carnaval est visible sur la clef de la porte d’entrée. La Cour d’honneur en grande partie datée du XVIe siècle est ornée de reliefs des quatre saisons de Jean Goujon. Le plus illustre propriétaire fut madame de Sévigné.  L’hôtel est aujourd’hui le musée de la ville de Paris. Une partie du musée est dédiée au XVIe siècle. Voici une sélection des œuvres en rapport avec Henri IV et son temps.

-          Maquette de l’île de la Cité

La maquette à l’entrée représente l’île de la Cité au début du XVIe siècle. Le Pont-Neuf n’existe pas, ni la place Dauphine. A leur emplacement quelques ilots sablonneux tels l’ilot des Juifs et l’ilot du Patriarche.

-          Acteurs des guerres de religion :

Les principaux acteurs des guerres de religion sont visibles ici comme :

*Charles IX, roi de France de 1560 à 1574. En acceptant l’élimination des chefs protestants, il déclenche le massacre de la Saint-Barthélemy.

*Le cardinal de Bourbon, oncle d’Henri IV. Il unit Henri de Navarre et Marguerite de Valois en août 1572. Il est choisi par la Ligue comme héritier du trône alors qu’il est détenu par Henri IV.

*Henri de Guise, dit le balafré. Il devient le chef de la Ligue et prend le contrôle de Paris après la journée de barricades. Trop influent, Henri III le fait assassiner en 1588.

*Henri III, roi de France de 1574 à 1589. Son règne est marqué par quatre guerres de religion et la montée en puissance des Guise. Il est assassiné par un moine ligueur.

-          Ministres et compagnons d’Henri IV

*Sully, compagnon d’arme d’Henri IV et ministre des finances (1559-1641). Il est réputé pour avoir rétabli les finances du royaume. Il fut un des rares protestants favorable à la conversion du roi.

*La Force, Jacques Nompar de Caumont, duc de (1558-1652). Survivant de la Saint-Barthélemy, compagnon d’armes d’Henri IV, il est présent dans le carrosse lors de l’assassinat. Il poursuit sa carrière militaire sous Louis XIII en devenant maréchal.

*De Sillery ; diplomate (1544-1624). Au service d’Henri III puis d’Henri IV il négocie la paix avec l’Espagne et l’annulation du mariage avec la reine Margot.

-          Procession de la Ligue, sortant de l'arcade Saint-Jean de l'Hôtel de Ville, en 1590

 

 

Ce tableau, œuvre d’un anonyme (la signature est apocryphe) présente une procession de la Ligue. Partie de l’église Saint-Jean, le cortège passe sous un des pavillons de l’hôtel de ville et arrive place de Grève. Trois ligueurs célèbres sont en tête : le duc de Mayenne, le duc de Nemours et le docteur Rose. Au fond on reconnaît l'île de la Cité avec les maisons du cloître Notre-Dame, devant la cathédrale, et la pointe de l'île Notre-Dame, future île Saint-Louis, où les lavandières venaient faire sécher le linge.  

-          Procession de la Ligue dans les rues de Paris en 1593

Le tableau représente l’une des dernières processions de la Ligue, dans les rues de Paris, le 4 février 1593. Les costumes permettent de reconnaitre des ordres religieux très divers : capucins, feuillants, minimes, cordeliers, dominicains et carmes. Tous sont en armes. Un coup de feu, tiré par un moine et qui blesse des spectateurs dans la foule, ajoute à la tension de la scène.

-          La gravure de la place de France

Les travaux pour la réalisation d’une place célébrant les provinces de France débutent en 1608. Les terrains achetés correspondent à des zones de marais ou de jardins. La place semi-circulaire devait être adossée à une porte et aux murailles de la ville. Les rues rayonnantes devaient porter les noms de provinces françaises. L’assassinat interrompit les travaux. Il reste de ce projet des noms de rue (rues du Poitou, de Bretagne, de Saintonge…), leur tracé (la rue de Belleyme est circulaire) et des gravures comme celle-ci.

-          Portrait d’Henri IV devant Paris

Henri caracole devant Paris à l’arrière plan. On peut reconnaitre à gauche le palais des Tuileries et à droite le Louvre. La galerie au bord de l’eau ne relie pas encore les deux édifices. À l’horizon la colline Montmartre. Ce petit tableau est probablement une allusion à l’entrée d’Henri IV à Paris en 1594.

-          Buste d’Henri IV en cire de Michel Bourdin

Ce buste en cire est considéré comme un masque mortuaire du roi défunt. Traditionnellement un portrait du roi était exécuté d’après un moulage pris sur son cadavre, puis exposé sur son lit de parade. Si cette pratique était courante (dernier portrait du roi), des doutes sont permis sur sa destination funéraire en particulier en raison de son réalisme. Un masque funéraire réalisé à  la mort d’Henri IV est visible à la bibliothèque Sainte-Geneviève. Un second fut exécuté en 1793 à partir de la dépouille d’Henri IV, exhumée par les révolutionnaires, avant qu’elle ne soit jetée dans la fosse commune

détail procession de la Ligue

Mise au point : qu’est-ce que la Ligue ?

La Ligue ou Sainte-Union est un regroupement de catholiques opposés aux avantages accordés aux protestants lors des traités de paix pendant les trois premières guerres de religion. Elle renait lorsqu’Henri de Navarre devient l’héritier du trône en 1584 et devient un instrument au service d’Henri de Guise pour conquérir le pouvoir. Mouvement nobiliaire à ses débuts, la Ligue gagne les milieux populaires et urbains. Elle décline avec les victoires d’Henri IV et son abjuration.

 

Hôtel de Soubise

Au XIVe le connétable de France, Olivier de Clisson, successeur de Du Guesclin, fait construire un premier hôtel. Il nous en reste la porte d’entrée et ses échauguettes (rue des Archives). François de Guise achète l’édifice en 1553, qui devient l’hôtel de Guise. Les armes des Guise sont encore visibles au-dessus de la première porte d’entrée (rue des Archives). L’hôtel devint le quartier général de la Ligue. En 1700 François de Rohan prince de Soubise acquit l’hôtel de Guise. L’architecte Delamair déplace l’entrée vers le sud (rue des Francs-Bourgeois). La cour d’honneur est digne d’une place. Napoléon acquit l’hôtel et l’affecte aux archives. C’est là que se trouve l’original de l’édit de Nantes. Un tableau de Typus religionis représente la nef des jésuites qui jettent hérétiques et apostats à la mer. L’un d’eux a les traits d’Henri IV.

 rue de la Ferronnerie, lieu supposé de l'assassinat d'henr

Etape 4 : Autour de la rue de la ferronnerie

 

 

 

Etape 5 : Autour du Louvre

 

Etape 6 : Dans le Louvre 

 

 

 

 

 

 

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