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  • : Le blog du gueux des bois : invitation aux voyages protestants
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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 10:51

wormhout 2010            Durant la période 1562-1567, les protestants de Flandre se réunissaient en pleine nature. Ce fut ainsi le temps de l’Église verte. Ces rassemblements s’appelaient des hagenspreken (prêches des haies) et pouvaient réunir des milliers de fidèles. Vous ne le savez peut-être pas, mais au moins un moulin a servi pour les cultes protestants dans cette Flandre qui deviendra très catholique. Il s’agissait du hemelrijkmeulen (moulin du royaume des cieux) à Méteren dont il ne reste qu’un tertre. Le prédicateur montait sur l’échelle du moulin et parlait à ses auditeurs dans la langue du peuple. La position en hauteur et la direction favorable du vent rendent l’acoustique excellente. Le dimanche 29 août 2010 un nouveau prêche des haies fut célébré au moulin Deschodt à Wormhout (59). Depuis lors, chaque dernier dimanche d’août, un culte en plein air est organisé en Flandre française. Il est précédé d’un pique-nique et d’une visite patrimoniale. Vous êtes tous les bienvenus.

 

 

 

 

 

 

 

 

affiche moulinpreche-2014.jpg noordmeulen.jpg 


 


   

     

     

 

 

 

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 15:59

The sight of Hondschoote seems fairly typical of the very catholic Flanders with its churches and chapels. It is difficult to imagine that this region was a stronghold of Protestant faith in the sixteenth century. You will need informed eyes to retrace this forgotten slice of history. Thus the expiatory chapel shown here recalls to mind the admittedly disgraced Protestant preachers whose names are inscribed on the pediment. It was erected at the place where they held their open-air services, which welcomed hundreds of believers, before a temple was built in the town !

The route that we propose is paradoxical. We'll set out, via selective Catholic memory, churches, chapels and altar-pieces, to discover the Protestant people, who were, at various times, called beggars1, iconoclasts or heretics. Many commemorative memorials remind us of the destructions and assassinations carried out by the protestants, but none reminds us of the persecution of the protestants, of the 30 000 protestants exiled and of the 1000 or more executions ! We will need to fill in the gaps in a story written by the victors.

Three areas stand out on this route. The church of Englos is unique because it is the only place where the iconoclastic destruction is still visible. The area around Bailleul  retains the memory of martyred Catholic priests in a region largely destroyed during the First World War. Further to the North, the churches of Bambecque, Killem and Hondschoote, have kept very rich furniture, including altar-pieces, which illustrates the Catholic counter-reformation.

 

Traduction : Pierre Coester

1 In 1566, a league of about 400 members of the nobility presented a petition to the governor Margaret of Parma, to suspend persecution until the rest had returned. Count Berlaymont called the presentation of this petition an act of 'beggars' (French gueux), a name taken up as an honour by the petitioners (Geuzen).

 

chapelle des Gueux .jpg


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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 16:57


Valenciennes comme Tournai fut qualifiée de Genève du Nord. En 1566 la majorité de la population était protestante et la municiaplité était contrôlée par les réformée. Le réformateur des Pays-Bas, Guy de Brès avait élu domicile en ses murs. Mais l'année suivante la ville fut reprise manu militari par les troupes espagnoles et Guy de Brès pendu. La représsion s'abattit sur la ville (412 arrestations et 80 exécutions) et la contre-réforme (arrivée des jésuites en 1582)  finit de faire oublier cette épisode de l'histoire valenciennoise. Mais le protestantisme a perduré dans les campagnes en particulier à Lecelles et Rongy...

Valenciennes est conquise par les troupes de Louis XIV en 1667. La frontière se fixe en 1713 lors du traité d’Utrecht. Les Pays-Bas du sud (actuelle Belgique) passent aux mains des Autrichiens mais les Hollandais, inquiétés par la France, obtiennent le droit de tenir garnison le long de la frontière (traité de la Barrière 1715[1]). Une garnison hollandaise est déjà installée à Tournai dès 1709. Deux temples réformés sont ouverts (l’un francophone et l’autre néerlandophone) avec deux pasteurs payés par le gouvernement hollandais. Grâce aux registres de ces Églises de la Barrière, on peut affirmer que les protestants de Rongy, Lecelles, Saint-Amand-les-Eaux et Valenciennes viennent faire baptiser leurs enfants, communier à Pâques[2] ou célébrer un mariage à Tournai. Le chemin dit des gueux est le témoin de leurs pérégrinations. C’était la route empruntée par les huguenots venant à l’Église de la Barrière de Tournai. Des arrêts étaient prévus dans les familles protestantes pour l’hébergement. Ces huguenots retiraient leurs sabots pour plus de discrétion, ce qui leur valut le surnom de « noirs talons ». En 1782 la garnison de la Barrière est supprimée et en 1785 le dernier pasteur de l’Église de la Barrière de Tournai part.



[1] En fait il y eut au moins trois traités de la Barrière, respectivement en 1709, 1713 et le dernier en 1715.

[2] En 1732 le gouverneur de Flandre française fait arrêter à la frontière 2000 protestants partis communier à Tournai !

 



ÉTAPE 1 : VALENCIENNES

Itinéraire

Se garer dans le quartier de l’église Saint-Géry (Valenciennes-nord). Parking non loin de la rue Ferrand.

 

Info pratiques

Temple de Valenciennes, 66 rue de Paris, 59300 Valenciennes

Ouvert avant le culte : 10-10h30

Renseignements : Frédéric Verspeeten, 5bis rue Ferrand , tél. 03 27 30 03 17

 

Temple réformégéant de Guy de Brès (temple de valenciennes)

La communauté réformée qui se réunissait dans un local loué place de l’hôpital de Valenciennes, ressentit le besoin d’avoir un lieu de rassemblement en propre. En 1875 la ferme Miroux fut acheté en vue de la construction du temple. Sa construction commence en 1878, ainsi que celle d’une école de filles et d’un presbytère. Le temple est inauguré en 1879.

Mise à part la chaire qui n’est pas au centre, l’édifice est un temple très classique. Son intérêt vient du géant de Guy de Brès qui y a élu domicile. Il a été conçu à partir d’une gravure représentant le réformateur en prison, comme l’indique le boulet à ses pieds. Le visage s’inspire du portrait robot qui avait été dressé pour le capturer. Lors de la prise de Valenciennes, le réformateur des Pays-Bas réussit à s’enfuir par l’Escaut, mais il est reconnu à Rumegie et ramené à Valenciennes où il est jugé.  Lorsqu’il est pendu sur la grand-place de Valenciennes le 11 mai 1567, il s’écria « soyez soumis aux magistrats, mais fidèle à la vérité ».

 

 

Info pratiques

Ancienne bibliothèque du collège des jésuites, 2 rue Ferrand, 59300 Valenciennes

Visite le samedi à 11h sur rendez-vous, tél. 03 27 22 57 00

 

la bibliothèque des jésuites

Entre l’imposant bâtiment de l’académie (1864) et le frontispice de l’ancienne église des jésuites (ajouté en 1775), se détache la sobre façade de la bibliothèque des jésuites devenue bibliothèque municipale. L’origine de l’édifice remonte à la contre-réforme. Le gouvernement de Bruxelles et les magistrats « invitent » alors les jésuites à s’installer à Valenciennes. Un collège est ouvert en 1591, dont subsiste la cour (hall actuel) et l’aile des classes dont la aula (actuelle bibliothèque des petits). L’édifice inondé et bombardé, est en partie reconstruit entre  1735 et 1751.  L’aile qui donne sur la rue abrite à l’étage la bibliothèque formée d’un vaisseau de 18m50 sur 7m45 et 8m sous la clé. Les livres reliés en cuir contribuent à l’harmonie de l’ensemble. On dénombre trente-six portraits de pères jésuites, regroupés par trois, célèbres par leur écrits. Deux peintures allégoriques se font face : l’école d’Athènes et la dispute sur les mystères du Saint-Sacrement. Athènes est représentée au moment des prêches de Paul qui montre le temple du dieu inconnu. De nombreux penseurs de l’Antiquité discutent autour de lui. Le peintre s’est représenté de dos devant son chevalet. En face les Pères de l’Église éclairés par le Saint-Esprit discutent du Saint-Sacrement symbolisé par un ostensoir. Lors de l’expulsion des jésuites en 1765, la bibliothèque comptait 7000 volumes

 

 

Itinéraire

Reprendre la voiture et suivre les boulevards.

 

Info pratiques

Musée des Beaux Arts de Valenciennes, boulevard Watteau, 59300 Valenciennes

Ouvert tous les jours sauf le mardi 10h à18h, le jeudi 10h à 20h. Fermé les 1er janvier, 1er Mai, le lundi suivant le 2ème dimanche de septembre et le 25 Décembre.

 

Musée des beaux-arts de Valenciennes

 

Le musée renferme une belle collection de peintures flamandes et en particulier des œuvres de Rubens. Le tableau le plus connu est le triptyque de saint Étienne, typique de la contre-réforme par son exaltation des saints et des martyrs et typiquement baroque par son sens du mouvement et du dramatique. Mais je vous propose de plutôt nous arrêter sur un tableau non moins original du peintre anversois, le triomphe de l’eucharistie. Il s’agit d’un carton de tapisserie, c’est-à-dire d’une peinture qui servit de modèle pour réaliser une tapisserie. La série le Triomphe de l’Eucharistie correspond à une commande de l’infante Isabelle (également gouvernante des Pays-Bas espagnols) pour le cloître de Descalzas Reales à Madrid. Si les tapisseries se trouvent dans le monastère espagnol, le musée de Valenciennes a gardé deux cartons. La collection comprenait quatre tapisseries représentant les préfigurations de l’eucharistie dans l’Ancien Testament comme Élie nourri par l’ange dans le désert visible au musée de Valenciennes. S’y ajoutaient des tapisseries consacrées aux évangélistes, aux Pères de l’Église et aux saints. Mais les pièces maîtresses sont les cinq triomphes de l’eucharistie sur ses adversaires, idolâtrie, hérésie, ignorance … Le triomphe de l’eucharistie visible à Valenciennes mêle des références historiques et allégoriques. Le char tiré par deux anges fait référence au triomphe des généraux vainqueurs de la Rome antique, suivis des captifs vaincus. Ici la religion, sous les traits d’une femme drapée de rouge, tient dans sa main le ciboire surmonté de l’hostie nimbée, symbole du Saint-Sacrement, support de la foi dans le cadre de la contre-réforme. Une mappemonde rappelle la vocation universelle de l’Église catholique. Archanges et putti portent les instruments de la passion. Derrière le char se trouvent les vaincus. L’homme jeune et barbu portant une sphère armillaire et un livre est identifié à Ptolémée, symbole de la science. Le vieillard à la face camuse rappelle le portrait légendaire de Socrate et incarne la philosophie. La femme courbée aux multiples seins représente Diane, symbole de la nature et du péché du premier degré. Toute la scène se déroule dans un décor très théâtral devant une toile de fond qu’accrochent des putti joyeux, sorte de tapisserie dans la tapisserie. L’œuvre a pour titre complet le triomphe de l’eucharistie sur la nature, la philosophie et la science.

 



ÉTAPE 2 : SAINT-AMAND ET LECELLES

 

Itinéraire

Reprendre l’autoroute direction Lille, sortie Saint-Amand ou suivre la nationale par Anzin et Raisme.

Attention le temple de Lecelles est en pleine campagne. Direction Tournai/Maulde D 169 puis tourner à gauche rue de Chorette.

 

Infos pratiques

Temple de Saint-Amand, 47 rue Barbusse, 59230 Saint-Amand-les-Eaux.

Temple de Lecelles, 483 rue de Chorette 59226 Lecelles.

Ouverts avant le culte 10h-10h30 (1er et 4ème dimanche du mois à Saint-Amand ; 2ème et 3ème dimanche du mois à Lecelles). Renseignements : F. Verspeeten (voir Valenciennes) ou A. Pruvost tél. 03 27 48 58 91

 

Communauté

Au XVIe siècle, Saint-Amand et Lecelles se trouvent dans la province de Tournai-Tournaisis. Les idées de la Réforme y arrivent de Tournai. Des prêches sont même organisés en 1566 devant l’abbaye et au bout de la rue de Chorette à Lecelles. On peut évaluer le pourcentage de protestants à Saint-Amand à 30% (de la population et des échevins). Les iconoclastes visitent l’abbaye le 25 août 1566. La première Sainte Cène dans le Tournaisis rassemble des protestants de Tournai et de Saint-Amand… à Lecelles le dimanche 3 novembre 1566. Avec la répression espagnole (exécutions, fuites des pasteurs et bannissements), les communautés protestantes vivent dans la clandestinité. Le traité d’Utrecht en 1713 sépare définitivement Saint-Amand et Lecelles (France) de Tournai et Rongy (Pays-Bas autrichiens). Mais la présence de deux temples réformés (et d’un pasteur francophone) pour la garnison hollandaise à Tournai… incite les protestants à s’y rendre clandestinement. Ces protestants qui empruntent le chemin des gueux pour gagner Tournai furent appelés les « noirs talons ». Il faut attendre 1794 pour voir un pasteur s’installer à Saint-Amand, en la personne de Jean de Visme… qui a charge de cinq départements et de 5500 fidèles ! Il y trouve une « population avide de connaître un autre évangile ». En 1798 il s’installe à Valenciennes.

 

Temples

Le temple de Saint-Amand a été aménagé dans un ancien atelier de peinture acheté en 1933. Le décor en bois le rend très chaleureux. En 1968 une salle annexe attenante au temple est construite, puis agrandie en 1990.

Le premier temple de Lecelles est érigé de 1811 à 1823 (1826) à…  Maulde ! En fait à la limite des deux communes, mais du coté de Maulde au bout de la rue de Chorette. Un arrêté du 16 juin 1854 accorde 4000 F pour l’agrandissement du temple de Maulde, la reconstruction de la façade et l’abaissement de la toiture. En 1863 le temple change de propriétaire, passant de la commune de Maulde à celle de Lecelles !

L’édifice est en brique, la pierre étant limitée aux éléments du décor néo-roman (portail, rosace et clocher). Ce décor ne figure pas dans le projet de 1854. Il a peut-être été ajouté lors des restaurations de 1876 et 1883. Le temple se compose d’un seul vaisseau à chevet plat, couvert d’une voûte en berceau enduite et d’une toiture en ardoise. La bibliothèque et la sacristie à l’arrière sont aujourd’hui occupées par un logement. L’aménagement du temple de Lecelles est classique avec la chaire au centre au-dessus de la table de communion. La chaire est encadrée par deux panneaux, d’un coté la Loi de Dieu ( dix commandements Ex 20,1-17 et le rappel de la Loi Mt 22,37-40) et de l’autre coté le Credo et le Notre Père.

 

 

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 13:05

La première partie de l’histoire du protestantisme lillois n’a pas laissé de traces, si ce n’est à travers la Contre-Réforme dont il fut victime ! La statue de Jeanne Maillotte personnifie l’échec des protestants dans leurs tentatives de prendre le contrôle de la ville, tandis que l’ancien collège des jésuites témoigne de la reconquête des âmes par l’éducation. Mais des centaines de protestants exécutés par l’échevinage, ces martyrs de l’Église de la rose, il ne reste aucune trace pas même une simple plaque commémorative !

 

Lille fut bien un bastion avancé du catholicisme et encore au milieu du XIXe siècle, l’idée que des protestants puissent être les architectes de la cathédrale était toujours inconcevable. Pourtant ce même XIXe siècle fut celui du renouveau. Le protestantisme lillois d’aujourd’hui en est l’héritier direct. Ses édifices cultuels (temple réformé et chapelle  anglicane) ou à vocation sociale (la Soli) ont été érigés dans la seconde moitié du XIXe siècle et témoignent encore aujourd’hui de cette époque du Réveil. Plus nombreux, plus engagés surtout dans le domaine social, maisBible du temple réformé de Lille. Editions Ostervald 1807 aussi politique, les protestants sont désormais visibles dans la cité.

 

Le palais des Beaux-Arts et l’exposition « Fils d’Abraham », complètent cet itinéraire par une ouverture sur le protestantisme dans des pays proches ou lointains comme la Hollande ou les États-Unis.

L’itinéraire proposé ne peut guère respecter l’ordre chronologique des événements, je vous conseille donc de bien lire le résumé historique qui suit avant d’arpenter les rues de Lille la protestante...

Résumé historique

Une réforme étouffée dans l'oeuf

        L’ « hérésie » luthérienne apparaîtrait à Lille dès les années 1521 à en croire le nonce Aléandre, mais les premières traces judicaires datent de 1526-1527. Les premiers calvinistes sont recensés en 1542. Dès 1521, les premières mesures (les placards) sont prises par les autorités, en l’occurrence l’empereur Charles Quint. Les hérétiques sont jugés par l’échevinage (la municipalité et non le gouverneur, ni l’évêché de Tournai) et les premières victimes tombent en 1533, brûlées « tous deux sans être étranglés. » On compte de nombreuses vagues de répression successivement en 1545, 1555, 1561, 1563, 1564…Les victimes sont souvent brûlées mais aussi parfois décapitées, voire enterrées vivantes !

Pourtant la Réforme se diffuse à travers les livres, les prédicants et certains réformateurs tels Brully, brûlé à Tournai en 1545. Guy Debray prêche et organise l’Église clandestine dite de la rose. Il réside à Tournai mais visite l’Église de Lille à plusieurs reprises. Les calvinistes sont devenus discrets et se sont parfois réfugiés dans les villages environnants. Nous avons peu d’informations du fait de la clandestinité, si ce n’est à travers les procès. Des diacres de la communauté sont exécutés tel les Oguier en 1555, Jacques de Los en 1560 et le ministre de passage Paul Chevalier, torturé et exécuté en 1564.

En 1566 le baron de Rassenghien devient gouverneur de Lille. Il constate la montée en puissance de la nouvelle religion. Selon lui, les prêches à Baisieux et Bondues rassemblent des milliers de protestants, la moitié sont des Lillois. Il prévoit l’imminence de la crise iconoclaste et renforce en conséquence la garnison et les mesures de sécurité. Les briseurs d’images seront tenus en échec à Lille. Aucune église de la cité n’est saccagée. Mais de nombreuses villes environnantes tombent aux mains des protestants comme Tournai et Valenciennes, vite qualifiées de Genève du nord. Lille est entourée d’ « une ceinture de gueux ». Le gouverneur reste prudemment à Lille en cette année 1566, mais l’année suivante, il défait à Wattrelos les gueux partis secourir leurs coreligionnaires de Valenciennes. En 1567 l’arrivée du duc d’Albe et des troupes espagnoles, les redoutables tercios, marquent un durcissement de la répression. Le Conseil des troubles condamne une centaine de Lillois qui sont mis à mort, bannis ou déjà en fuite. La redoutable Jeanne Maillotte, qui a perdu sa hallebarde, aurait repoussé les hurlus venus de Menin en 1582...

Mais si les gueux des bois ont échoué au sud,  il n’en va pas de même des gueux de la mer en Hollande. Les Pays-Bas du nord deviennent un bastion protestant. La nouvelle religion progresse aussi en Flandre. Les années 1577-78 voient s’ériger des républiques calvinistes à Gand, Bruges, Anvers, Bruxelles… Des villes proches de Lille comme Menin, Tournai et Mouscron tombent aux mains des protestants. Mais Lille encore une fois reste un bastion avancé du catholicisme, repoussant les attaques des Hurlus venus de Tournai ou de Menin. La menace s’éloigne après les années 1582. Le général espagnol Alexandre Farnèse, habile politique et redoutable chef de guerre, reprend les villes de Flandre une à une et déplace vers le nord la frontière avec les Pays-Bas protestants. À Lille la répression se poursuit jusqu’en 1599. Lille devient une citadelle de la Contre-Réforme. La cité se couvre de couvents avec l’arrivée des jésuites, des capucins, des dominicains, des augustins, des minimes, des carmes déchaussées, des brigittines, des carmélites, des urbanistes, des célestines, des ursulines, des colletines etc. Les historiens parlent à juste titre d’ « invasion conventuelle ». Ces religieux s’occupent des écoles dominicales, des collèges, de la catéchèse.

 

La période hollandaise

La ville est conquise par Louis XIV en 1667. Mais en 1708, dans le cadre de la guerre de succession d’Espagne, Lille est prise par les coalisés dirigés par le prince Eugène. Holsteinbecq devient le gouverneur hollandais de la cité. Conformément au traité de reddition, le culte catholique est maintenu et le prosélytisme protestant est interdit. Mais des lieux de culte réformé sont prévus pour la garnison hollandaise. Combien y avait-il à ce moment là de calvinistes lillois ? Les Églises wallonnes les évaluent à 4000… mais pour toute la châtellenie de Lille. Les protestants lillois qui vivent depuis des décennies dans la clandestinité hésitent à se manifester. Quel sera leur sort quand la paix sera signée ? Le pasteur J. Chion , réfugié à La Haye, est nommé à Lille en 1709. Il affirme que seules sept familles de la ville se sont déclarées. Les effectifs semblent pourtant augmenter, surtout dans les villages environnants, et un second pasteur est envoyé. À l’emplacement de l’arsenal, un temple est érigé. En 1713 avec la paix d’Utrecht, la ville est restituée à la France et les troupes hollandaises quittent Lille. Le traité autorise les protestants à vendre leurs biens et à choisir leur lieu de résidence. Les derniers protestants lillois partent vers les Provinces-Unies et en particulier en Zélande (Sluis, Cadzand). Le protestantisme est quasi éradiqué de la cité.

 

Le renouveau

Lorsque Louis XVI accorde aux protestants l’édit de tolérance (1787) et donc l’égalité des droits civils, le parlement de Flandre refuse d’enregistrer l’acte… Privé de registre, on ne peut donc pas évaluer avec précision le nombre de protestants à la fin de l’époque du désert. Il semble bien néanmoins que le protestantisme ait pratiquement disparu à ce moment-là ! Un temple est concédé aux protestants par décret gouvernemental en 1804, dans l’ancienne chapelle de l’hospice des bons-fils, rue de Tournai. Le pasteur Jean de Visme, le seul du département, est nommé. La communauté se compose de quelques familles venues du sud du département (Saint-Amand, Valenciennes et Le Cateau). On compte également quelques étrangers comme le trisaïeul badois du général De Gaulle, Louis-Philippe Kolb. La communauté va se renforcer au fil du temps avec l’arrivée de fonctionnaires et d’universitaires mutés et avec l’essor de l’industrie textile. Des capitaines d’industrie protestants, tels les Walker (Écosse) et les Neu (Rhénanie) s’installent avec leur personnel d’encadrement. Les protestants publient deux périodiques, le glaneur chrétien en 1838, un bimensuel et la voix du nord en 1846… rien à voir avec le quotidien régional né pendant la Seconde Guerre  mondiale ! Les protestants ouvrent des écoles. Après 1871, l’immigration d’Alsaciens et de Lorrains renforce la communauté protestante qui passe de 943 membres en 1851 à 1500 en 1904. Les ouvriers et artisans sont de plus en plus nombreux.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle le protestantisme s’épanouit dans le cadre du christianisme social ou du Réveil. Le pasteur François Ollier (1864-1899) se dévoue lors de l’épidémie de choléra auprès des soldats de 1870 et développe la diaconie. Son successeur Aquilas Quiévreux (1899-1904) ouvre la Soli à Wazemmes avec l’aide d’une paroissienne fortunée, madame Maracci. Le pasteur Nick s’installe en 1887 dans le faubourg populaire de Fives et y crée un Foyer du peuple. Il milite avec la Croix Bleue contre l’alcoolisme,  prêche dans les rues et les courées, crée une colonie de vacances à Sangatte… Eva Durrleman et Thérèse Matter fondent la clinique-école d’infirmières Ambroise-Paré qui devient un foyer de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.

Au cours du XXe siècle les réformés se regroupent dans l’ERF. Mais ,dans le même temps, de nouvelles Églises apparaissent comme les Églises adventiste, pentecôtiste, baptiste et l’Armée du Salut. Le protestantisme s’est donc réimplanté et diversifié dans une cité qui lui était peu favorable. Paradoxalement Lille est aujourd’hui la principale zone d’implantation du protestantisme dans le Nord.


 


 

Étape 1 Le temple réforméIntérieur du temple réformé de Lille

La construction du temple réformé de Lille est à replacer dans le contexte de la naissance d’un quartier latin laïc voulu par la municipalité face au quartier latin catholique (la Catho). Vous êtes en effet ici dans l’ancien quartier des universités. Lorsque le Strasbourgeois Alphonse Roederer remporte le concours d’architecture, l’emplacement du temple n’est alors qu’un immense terrain vague englobé dans l’agrandissement de la ville de 1860. Le temple commence à être érigé en 1868 et est inauguré avec son presbytère en 1872. Il est en partie réalisé avec des matériaux provenant du premier temple officiel rue de Tournai dans l’église désaffectée des bons-fils, à l’emplacement du hall de la sortie de la gare Lille Flandres ! Le bâtiment est propriété communale. La taille de l’édifice rappelle l’importance de la communauté dans la seconde moitié du XIXe siècle. La silhouette du clocher carré en briques rouges est devenue familière aux protestants lillois.

L’organisation de l’espace intérieur et les tribunes de part et d’autre sont somme toute assez typiques pour un temple réformé. La chaire au centre domine la table de communion. Il ne s’agit donc pas d’un autel car le protestant ne cherche pas à renouveler le sacrifice du Christ ! La table du Seigneur est celle à laquelle nous sommes invités à participer au repas, la cène. Sur la table, une bible ouverte sur un dressoir est tournée vers l’assemblée rappelant que la Bible qui fait autorité peut être lue par tous. La croix nue (sans Christ) signifie que la mort du Christ ne saurait être saisie sans sa résurrection. L’absence d’images et de statues rappelle que Dieu ne se saisit pas dans la matière, ni dans des objets « sacrés ».

 

Mise au point : temple protestant, espace symbolique ou espace pratique ?

Les avis divergent ! Par exemple, pour certains la chaire est en hauteur et au centre pour signifier que la parole de Dieu prime, qu’elle vient d’en haut. Pour d’autres sa hauteur et sa place sont déterminées par des considérations acoustiques, la voix du prédicateur doit se répandre au mieux dans l’édifice. Dans le cas présent vous conviendrez que le symbolique et le pratique ne s’opposent pas mais se complètent.

 

 


 

 

Etape 2 La chapelle anglicane

La communauté anglicane se constitue au début du XIXe siècle avec l’installation de Britanniques liée au développement industriel et au commerce. Les services religieux sont d’abord assurés au temple protestant moyennant un loyer ! L’édifice a étéchapelle se compose de trois parties : la nef, le chœur et la sacristie. Les vitraux de la nef retracent les grands moments de la vie de Jésus. Les murs sont couverts de plaques mortuaires qui nous rappellent la mémoire des marguilliers (membres du conseil de fabrique chargés d’administrer les biens de la paroisse). La chaire et les bancs donnent un petit air protestant à l’ensemble.  construit en 1870 à l’angle des rues Watteau et Lydéric. Le discret style néo-gothique est perceptible à travers les fenêtres ogivales, les colonnettes de la porte et les contreforts. La Au fond se trouve le chœur en forme semi-octogonale, un orgue peint et le sanctuaire avec la table. Les drapeaux des régiments anglais se dressent de part et d’autre. La charpente en bois apparente est peinte en blanc dans la nef et d’un bleu nuit semé d’étoiles dans le chœur. Reste au fond à gauche la sacristie où le portrait d’Élisabeth II nous rappelle qu’elle est chef de l’Église d’Angleterre. En sortant vous pourrez observer la carte du diocèse d’Europe sur lequel l’évêque de Gibraltar a autorité !

 

Mise au Orgues de la chapelle anglicane de Lille point : les anglicans sont-ils protestants ?

L’anglicanisme tel que nous le connaissons aujourd’hui se construit sous le règne d’Elizabeth Ière et se définit comme une via media entre protestantisme et catholicisme. L’Église est traversée par de multiples courants tel la high church qui valorise l’épiscopat et la succession apostolique et la low church plus protestante dans sa liturgie et sa conception de l’Église. En raison de cette place intermédiaire et de son pluralisme interne, l’Église anglicane a été un pionnier de l’oecuménisme. Mais c’est avec les protestants que le dialogue a été le plus fructueux avec la création d’Églises unies et la reconnaissance de l’intercommunion. On pourrait donc conclure que les anglicans sont les plus catholiques des protestants !

 


 

Etape 3 Le Palais des Beaux-arts, entre Réforme et Contre-Réforme

 

La peinture hollandaise, art de la Réforme

Les œuvres de cette galerie sont essentiellement des tableaux de chevalet, c’est-à-dire de petite taille et assez proches du carré. Parmi les œuvres exposées se trouve un grand nombre de portraits individuels ou collectifs. Les peintres hollandais ont répondu aux commandes de la bourgeoisie protestante. Le décor est sobre et sombre pour mieux mettre en valeur les visages et les regards. Les vêtements, en général noirs, sont assez austères, car il n’est pas question pour ces calvinistes de montrer leur richesse. Leur prospérité est signe de leur élection et non moyen d’exprimer leur orgueil, ni leur puissance. Les seuls signes extérieurs de richesse se trouvent dans la finesse de la dentelle et parfois dans la valeur des tissus. Le « portrait de femme » et le « portrait d’homme »  de Jan Van Ravesteyn sont probablement des portraits de fiançailles, d’où leur taille inhabituelle. Jan Daemen Cool (ou Cuyp) a représenté tout une famille. Chaque personnage peut être isolé dans ce portrait collectif.  Leur âge est indiqué, 39 ans pour le père, 34 ans pour la mère, 18 ans pour le garçon et 1 an pour le benjamin.

 

Jacob Vrel représente une « scène d’intérieur » intimiste dans une maison typiquement hollandaise. Une mère y lit l’abcdaire à son enfant. Si l’éducation est jugée fondamentale dans ce pays protestant, le cerceau au sol nous montre que le jeu peut côtoyer l’apprentissage. Le père se chauffe discrètement dans la pénombre. Les beaux cuivres sont les signes discrets de richesse.

 

Deux scènes d’intérieur d’église sont exposés dans cette galerie. Anton a peint l’intérieur de l’église Saint-Laurent de Rotterdam en 1669. Une foule s’y presse sans faire le moindre geste réputé religieux. Rappelons que pour les protestants il n’y a pas de signe plus religieux qu’un autre et que les églises/temples sont des lieux de réunion et non des espaces consacrés (sanctuaires). L’église apparaît comme un lieu de convivialité, un lieu de vie et non comme un lieu sacré. Le décor est sobre puisque les  murs sont blanchis et que les vitraux sont exclus.

Emmanuel De Witte représente l’intérieur de la Nieuwkerk de Deft. L’église rappelle la précédente par sa sobriété. Le seul décor se réduit à quelques blasons armoriés des grandes familles. Les familles de la noblesse ont joué un rôle fondamental lors du passage à la réforme et Guillaume d’Orange en est un représentant éminent. Ici l’œuvre est centrée sur son tombeau. Un visiteur, le cavalier en rouge désigne le monument à sa compagne occupée à faire l’aumône. D’une certaine manière c’est aussi à nous qu’il montre le mausolée. Guillaume le Taciturne est le père de la nation néerlandaise. Il contribua à détacher les sept provinces du nord de l’emprise espagnole. A l’époque où le tableau fut réalisé l’Espagne venait de reconnaître officiellement, en paraphant les traités de Westphalie, l’indépendance irrévocable des Provinces-Unies.

 

Mise au point : Faut-il parler des Pays-Bas, de la Hollande ou des Provinces-Unies ?

Au XVIIe siècle, les Pays-Bas constituent un vaste ensemble de 17 provinces aux mains des Espagnols. Les sept provinces du nord en devenant protestante échappent à la domination espagnole et forment les Provinces-Unies. La Hollande est la plus importante de ces provinces. Les Pays-Bas espagnols se réduisent alors à la moitié sud (actuelle Belgique et nord de la France). Vous conviendrez qu’il y a matière à confusion et que le terme Pays-Bas est piégé puisqu’il ne couvre pas toujours le même espace suivant les périodes historiques !

 

Pieter Lastman le maître de Rembrandt représente une mise au tombeau. La scène biblique est décrite depuis l’intérieur du sépulcre. Sept personnages sont représentés debout autour du corps du Christ étendu sur un linceul. On reconnaît à droite Marie et Jean qui assistent à la scène. Joseph d’Arimathie, reconnaissable à ses vêtements luxueux et à son turban, tient le buste du crucifié, tandis que Nicodème plus humble soutient les jambes. Des femmes apportent des vases de parfum pour embaumer le corps. Marie-Madeleine s’apprête à baiser la main du crucifié. Le sarcophage est orné de bas-reliefs qui illustrent deux récits de l’Ancien Testament. Le sacrifice d’Isaac par son père Abraham préfigure la passion du Christ et Jonas sortant du vente du monstre marin évoque les trois jours et trois nuits passés dans le sépulcre. La mort du Christ doit se comprendre au regard de sa résurrection, illustrée ici par la sortie de Jonas.

 

Les natures mortes ne sont pas de simples exercices de style mais ont une profonde signification symbolique. Ces « vies silencieuses » (stilleven) nous transmettent une sagesse digne du Qohelet/ecclésiaste. Prenons la « nature morte au citron pelé et au verre » d’Abraham Van Beyeren. Le peintre représente en fait l’acidité de la vie qui se déroule comme une pelure. Le pain et le vin placent cette vie brève sous le regard de Dieu. Le verre à vin sculpté est le seul signe de la richesse. Les Crabes et crustacés évoquent les corps morts, des corps sans vie et sans âme. La montre est une allusion au temps qui passe.

Balthasar Van der Ast  représente une « nature morte avec fruits, fleurs et coquillages ». Les fruits gâtés rappellent la brièveté de la vie terrestre. Les insectes qui volent représentent l’élévation spirituelle. Le papillon est un symbole de la résurrection, tandis que les insectes rampant sont des symboles de mort.

 

La peinture flamande, art de la Contre-Réforme

La peinture flamande exposée au Palais des Beaux-Arts est contemporaine à la galerie hollandaise, mais nous entrons ici dans un autre univers, celui de la Contre-Réforme. Le visiteur est d’abord frappé par la taille des tableaux. Les œuvres sont destinées à être placées dans les églises derrière l’autel et tout est fait pour attirer le regard du fidèle. Les couleurs sont chatoyantes, les personnages sont en mouvement, les compositions sont théâtralisés (rideau, pilastre, contre-plongée), les scènes sont dramatisées à un tel point que cela frise parfois le morbide.

La descente de croix de Rubens est un tableau majeur du peintre anversois. L’œuvre a été peinte pour le maître-autel de l’église du couvent des capucins à Lille. Joseph d’Arimathie et Nicodème détachent de la croix, avec deux acolytes, le corps sans vie du christ, l’offrant au chagrin de Marie et de Marie-Madeleine. La diagonale soulignée par le blanc du linceul et du corps sépare les « porteurs » des « pleureuses ». L’œuvre est novatrice puisque pour la première fois le tableau d’autel se présente sous la forme d’un tableau unique et non plus d’un triptyque. L’artiste illustre le thème de l’eucharistie, point de discorde entre catholiques et protestants. Ainsi Marie-Madeleine qui pose ses lèves sur la main ensanglantée du christ semble boire son sang. Le visage de Jean proche de la plaie ouverte par le coup de lance renvoient au sacrement eucharistique. A gauche une vieille femme pénètre dans le tableau comme pour inclure les spectateurs dans l’œuvre du maître d’Anvers.

Un tableau destiné à l’église du couvent de Récollets vise aussi à défendre la sacrement eucharistique. Le miracle de la mule de Van Dyck illustre un épisode de la vie de saint Antoine où il veut convertir un paysan hérétique qui niait la présence réelle du Christ dans l’eucharistie. Afin de le convaincre, il présente une  hostie consacrée et la mule s’agenouille en premier. 

L’art de la Contre-Réforme réaffirme le culte des saints à travers des tableaux de martyres. Le martyre de sainte Catherine peint par Rubens en 1615 était destiné à l’église Sainte-Catherine de Lille. Le peintre flamand a représenté un instantané presque photographique, le moment qui précède l’exécution. La jeune fille qui a miraculeusement échappé au supplice de la roue va être finalement décapitée. Ce sont les préparatifs qui sont ici représentés. La nuque de la sainte est dégagée et le bourreau tient déjà l’épée à la main. Un prêtre lui montre une dernière fois la statue d’Apollon qu’elle refuse d’honorer, tandis qu’elle nous regarde avec détermination et nous prend à témoin. Le chien à ses pieds rappelle sa fidélité, les palmes et couronnes reçues du ciel en font déjà une martyr.

Jan Boeckhorst représente de façon dramatique le martyre de saint Maurice d’Agaune. Maurice est martyrisé au IIIe siècle pour avoir refusé avec ses soldats de sacrifier aux dieux. L’entassement de cadavres démembrés au premier plan justifie la quantité de reliques associés à ce saint possédées par l’église Saint6maurice de Lille.

L’étape suivante sera pour nous l’occasion de replacer ce genre de tableau dans son cadre originel…

 


 

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Published by le gueux des bois - dans Nord
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6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 14:07

 

La chapelle des gueux. A l'horizon, l'église de Hondschotte.La vue de Hondschoote semble bien typique de la Flandre très catholique avec ses églises et ses chapelles. Difficile d’imaginer que cette région fut un fief du protestantisme au XVIe siècle. Il faut un œil averti pour retrouver cette histoire oubliée. Ainsi la chapelle expiatoire au premier plan rappelle le souvenir, certes honni, des prédicateurs protestants dont les noms sont inscrits au fronton. Elle fut érigée sur le lieu où ils organisaient leur culte en plein air accueillant des centaines de fidèles, avant qu’un temple ne soit construit dans la ville !
C’est donc un itinéraire paradoxal que nous vous proposons, car c’est à travers un souvenir catholique sélectif, des églises, des chapelles et des retables, que nous partirons à la découverte des protestants appelés gueux, iconoclastes, hérétiques… suivant les moments. Bien des monuments commémoratifs nous rappelleront les destructions et les assassinats perpétrés par les réformés, mais aucun souvenir des persécutions des protestants, de l’exil de 30 000 d’entre eux et des plus de 1000 exécutions ! Il nous faudra compléter les vides d’une histoire écrite par les vainqueurs.
Trois zones se distinguent sur cet itinéraire. L’église d’Englos est unique en son genre car c’est le seul endroit où les destructions des iconoclastes sont encore visibles. Les environs de Bailleul gardent le souvenir des prêtres martyrs dans une région en grande partie détruite pendant la première guerre mondiale. Les églises de Bambecque, Killem et Hondschoote plus au nord ont gardé un mobilier très riche où s’exprime la contre-reforme catholique à travers les retables.    
   l'Eglise catholique terrassant l'hérésie représentée sous les traits d'une hydre. (Herzeele)

Contexte historique

La région qui nous traverserons s’appelait au XVIe siècle le Westkwartier, que l’on pourrait traduire par le quartier ouest (de la Flandre) et faisait partie des 17 provinces des Pays-Bas alors espagnols. Ce vaste ensemble qui s’étendait d’Arras à la Frise fut unifié par les ducs de Bourgogne. Le terme Westkwartier disparut lorsque la frontière actuelle fut tracée, séparant la région en deux.

Au XVIe siècle les grandes ville drapantes sont sur le déclin (Bruges ; Gand), mais les petites villes de l’ouest, grâce aux draps légers (saye), connaissent une forte expansion économique qui touche à sa fin dans le seconde moitié du XVIe siècle. 

Les premiers luthériens sont signalés dans la région en 1521. De petites communautés anabaptistes apparaissent ensuite. Les réformés furent les mieux organisés, en particulier grâce aux pasteurs Pierre Brully et Guy de Brès. Les interdits royaux (placards), l’inquisition et les exécutions n’empêchent pas l’expansion de la nouvelle religion.

Lorsque Philippe II succède à Charles Quint, la situation se radicalise. L’opposition au pouvoir espagnol grandit, soit pour des raisons religieuses (persécutions des protestants), soit politiques (mise à l’écart de la noblesse dans le gouvernement des 17 provinces), soit sociales (contexte de crise économique et pression fiscale accrûe). L’audace des réformés est de plus en plus forte. Les prêches des haies, les hagespreken, rassemblent de plus en plus de fidèles, des centaines voire des milliers. Des hommes en armes assurent leur sécurité. La gouvernante des Pays-Bas, Marguerite de Parme, ne peut que constater la montée en puissance de la nouvelle religion. Les réformés profitent de la proximité des pays protestants, Allemagne, Angleterre et même le France (aide matérielle, refuge, lieu de formation). Une partie de la Noblesse passe à la réforme, tandis que les municipalités gagnée en partie par « l’hérésie » n’appliquent plus les placards. C’est dans ce contexte que du 10 au 18 août 1566, une vague iconoclaste déferle sur le Westkwartier. Du 20 au 24, les villes de Flandre (sauf Lille) sont touchées. Valenciennes et Tournai deviennent des bastions protestants, des Genève du nord. Fin août 1566, Marguerite de Parme passe un accord avec les protestants, qui autorise les prêches. Cette période de tolérance est néanmoins de courte durée. La liberté de culte est supprimée à la fin de l’année.

Les protestants prennent les armes, mais sont battus par les gouverneurs du Hainaut et de Lille. De plus le duc d’Albe débarque avec 10 000 soldats. La répression se fait en deux temps

Dans un premier temps, seuls les meneurs et iconoclastes notoires ont arrêtés (début 1567) mais avec la création du tribunal des troubles à l’été 1567, le répression se durcit. C’est dans ce contexte que se forme la bande des gueux des bois de Jean Camerlynck qui harcèle les troupes espagnoles et assassinent des prêtres (début 1568). Les troubles ne s’apaisent qu’avec le remplacement du duc d’Albe par l’habile Alexandre de Farnese. Le dernier bastion protestant Hondschoote tombe en 1580. Plus de mille réformés ont été exécutés et 30 000 auraient fui en Angleterre et aux Pays-Bas. La révolte des gueux des bois fut donc un échec. Les Gueux de la mer en Hollande eurent plus de réussite




Info pratiques

Église ouverte tous les jours de la semaine de 9h à 17h, sauf vendredi après-midi et week-end.


Étape 1 Englos

 

Historique de l’église d’Englos

église d'Englos Nous voici dans le pays de Weppes, au point de départ de notre itinéraire. La petite église d’Englos est une des plus intéressantes de notre parcours. Le chœur roman a été construit au XIe siècle ce qui en ferait l’une des églises les plus anciennes du nord. Il s’agissait initialement de la chapelle d’un prieuré bénédictin qui abritait des reliques de saint Corneille. Le mur en pierre blanche de Lezennes repose sur une assise en grès. La date de construction de la nef fait débat. Pour certains, elle aurait été érigée en même temps que le chœur, donc au XIe siècle, pour d’autres à la fin du XVIe siècle lors d’un agrandissement de l’église. Le 15 août 1566, les Gueux d’Armentières et de Fourne en Weppes saccagent l’église. Ils sont sur les terres du baron de Rassenghien, également gouverneur de Lille qui fut l’un des plus redoutables adversaires des protestants. Il fit de Lille une citadelle de la contre-réforme et battit les milices des Gueux à Wattrelos fin 1566. En 1590 le prieuré et ses terres passent aux jésuites de Tournai. Ils ajoutent la chapelle dite de saint Corneille. On leur doit une grande partie du mobilier actuel. L’église fut endommagée pendant les deux guerres mondiales. En 1920, l’édifice est classé monument historique  Cette église dédiée à Marie-Madeleine est la seule à avoir conservé des œuvres mutilées par les iconoclastes. En 1991 et 1995, des travaux de restauration ont en effet révélé des peintures murales dont on avait oublié l’existence.




Englos et les iconoclastes

Ces peintures murales ont été découvertes dans le chœur, datées grâce à leurs pigments et à leur style, de la fin du XVe siècle. A l’entrée du chœur sont encore visibles des personnages, les acteurs de la passion, tel Hérode représenté sous les traits d’un roi du XVe siècle et les objets de la passion comme les clous ou la colonne de la flagellation. Sur le mur nord du chœur, deux scènes distinctes sont encore visibles. A gauche une procession religieuse en plein air entoure un reliquaire porté. Il s’agit peut-être de la translation des reliques de Corneille. A droite des personnages en prière sont tournés vers une statue de saint dont il ne reste que l’auréole. Ils sont dans un sanctuaire au sol carrelé probablement l’église d’Englos. Des béquilles au sol rappellent la guérison de l’un d’entre eux, probablement le commanditaire de la peinture, un homme fortuné vue la valeur des pigments bleus et des dorures encore visibles sur la peinture. Le saint guérisseur est probablement Corneille. A droite de la fenêtre, on peut reconnaître l’église d’Englos vue de l’extérieur.Les dégradations des iconoclastes de 1566 sont nettement visibles. Les visages des personnages et la statue du saint ont été effacés et des coups de griffes sont encore visibles sur le mur. Les instruments de la Passion peints à la base de l’arc d’entrée du choeur ont disparu.

 

Englos et la contre-réforme

Les reliques de saint Corneille ont été apportées dès le Moyen âge, peut-être au Xe siècle, ce qui fait d’Englos un lieu de pèlerinage ancien. Le culte du saint est réaffirmée avec l’arrivée des jésuites à la fin du XVIe siècle. On leur doit le buste-reliquaire de saint Corneille, restauré en 1990, représentant non seulement le saint mais aussi le pape portant une tiare certes anachronique mais permettant de reconnaître le souverain pontife. L’arrivée des jésuites et l’exaltation de la hiérarchie catholique s’inscrivent dans le cadre de la contre-réforme. L’insigne des jésuites IHS est encore visible au fond du chœur. Vous pouvez également admirer le maître-autel du XVIIIe siècle.


Info pratiques

Église ouverte toute la journée

Musée en face, ouvert le troisième dimanche du mois de 14h30 à 17h, de Pâques à fin septembre.



Étape 2 Nieuwkerke (Neuve-Eglise)

     En route

Le mont Ravensberg qui culmine à 77 m était un endroit moins bucolique au XVIe siècle puisque s’y dressait le gibet de Bailleul. En 1568 bien des protestants furent condamnés à être conduit au Ravensberg et à être exécuté sur place. Le corps de ceux exécutés sur la grand-place était également exposé en ce lieu. Un calvaire fut érigé en 1909 au lieu-dit du zwarte molen (le moulin noir). D’abord destiné à rappeler la condamnation à mort de trois prêtres par les Gueux, il est aujourd’hui dédié à toutes les victimes des troubles religieux du XVIe siècle. Il est donc paradoxalement le seul monument qui commémore l’exécution de plus de mille protestants durant cette période ! La « tombe » qui commémore l’assassinat des trois prêtres de Reningelst fut construite en 1928 par le père Lamérant. Notons que l’un des prêtres, celui de Dranouter fut finalement épargné sur intervention de Hans Camerlynk, frère de Jean Camerlynck, le chef des Gueux des bois. A l’horizon les tours d’Euralille sont visibles par beau temps.

 

Traduction de l’épitaphe

Ici moururent, pour leur foi catholique, dans la nuit du 11 au 12 janvier 1568, les trois prêtres de Reningelst.

La dernière question des gueux fut : Voulez-vous renier la messe et promettre de ne jamais plus faire de messe et nous épargnerons votre vie. Et de répondre : Plutôt la mort !


Notez que le mot  pastoor signifie prêtre


Autour de la grand-place
       Au XVIe siècle Neuve-église était une ville drapante de 10 000 habitants. C’est ici, lors d’un « synode » que fut décidé par les protestants de prendre les armes en décembre 1566. La répression fut terrible, le « tribunal du sang » du duc d’Albe condamna 82 réformés de Neuve-église qui furent exécutés le 5 juin 1568. Beaucoup d’habitants de la cité émigrèrent à Leiden aux Pays-Bas et à Sandwich en Angleterre. L’église Onze Lieve Vrouw (Notre-Dame) détruite pendant la Première Guerre mondiale, a été reconstruite à l’identique en 1921. Elle possède des vitraux de 1924 relatant l’assassinat des trois prêtres de Reningelst par les Gueux avec cette inscription (en néerlandais) « le sang des martyrs est la graine des saints ». En face de l’église, l’ancienne mairie abrite un petit musée consacré au protestantisme. A l’étage se trouve une quarantaine de panneaux d’exposition relatant l’histoire du protestantisme en général et celle du Westkwartier en particulier. Remarquez avant d’entrer, au-dessus de la porte, le blason du comte d’Egmont. Il fut gouverneur de Flandre et seigneur de Neuve-église aux temps des Gueux. Il était catholique mais hostile à la politique de Philippe II et fut exécuté sur la grand place de Bruxelles. 



 

Étape 3 Dranouter (Dranoutre)

 

L’église de Dranouter

Son église Sint Jan de Doper (Saint Jean le Baptiste) a été mise à sac le 12 janvier 1568 lors du retour des destructions des églises de Reningelst et de Locre. On y trouve aujourd’hui un grand tableau, peint sur toile, du Père Oscar Soenen réalisé en 1947 en guise d’épreuve pour son examen d’entrée à l’université de Louvain. Cette œuvre dans un style moderne montre les atrocités qui se sont déroulées dans cette région lors du passage des Gueux.

 

Le monument à Plancius

Petrus Plancius (Pierre Plaetevoet) est  né en 1552 à Dranoutre. Sa famille proche de la réforme dut s’exiler en Allemagne et en Angleterre, mais devenu adulte, Plancius revint comme prédicateur en Flandre, à Bruxelles et à Malines. Après la défaite des Gueux des bois,  il s’enfuit à Amsterdam. Il est connu pour être un cartographe, un astronome et l’un des fondateurs de la compagnie des Indes occidentales. La stèle en sa mémoire, une œuvre de 1973, se trouve derrière l’église.

Traduction

Prédicateur, cartographe, astronome, promoteur de la navigation maritime.


 

                                     Info pratiques
Eglise ouverte le mardi de 9h30 à  11h30.
Autre curiosité : le Beffroi classé patrimoine mondial de l’humanité. Belle vue du sommet. Nombreux restaurants sur la grand-place.


Étape 4 Bailleul


        L'Établissement Public de Santé Mentale des Flandres (EPSM)

 La ville de Bailleul fut détruite par un incendie en 1681 et par la guerre en 1918. Les monuments sont donc pour la plupart récents. En franchissant le panneau d’entrée de la ville, vous pouvez remarquer sur votre gauche l’EPSM construit à l’emplacement du couvent (ou commanderie) Saint-Antoine. Le seul vestige ancien en est le puits saint Antoine difficile à trouver, mais le parc est agréable et mérite un détour (dernière entrée en venant de Loker). En août 1566, (et en 1578) les Gueux détruisent méthodiquement les images du couvent. Le fait que le Prieur du lieu soit aussi inquisiteur peut expliquer leur acharnement.

  Les gueux des bois pillent la commanderie Saint-Antoine. Seconde crise iconoclaste de 1578. Vitrail de l'église Saint-Vaast Bailleul

L’église Saint-Vaast et ses abords

Le buste d’Edmond de Coussemaker (1807-1877) a été dressé par la ville en 1981 derrière l’église. Le fondateur du comité flamand de France est connu pour son œuvre en quatre volumes, « les troubles religieux au XVIe siècle dans la Flandre maritime » qui reste une référence en la matière.

L’église Saint-Vaast a été reconstruite en 1932 par Cordonnier dans un style romano-byzantin très différent du style antérieur, contrairement aux église belges qui ont été reconstruites à l’identique. Les vitraux retracent l’histoire religieuse de Bailleul. La chapelle absidiale est consacrée à la commanderie Saint-Antoine. Un vitrail représente les gueux des bois revenant de leur pillage (du couvent), portant une chasse et piétinant des vêtements liturgiques. Un autre vitrail illustre la création de la première chambre de rhétorique bailleuloise en 1492. Ces groupements de personnes écrivaient des poèmes, donnaient des représentations théâtrales et participaient à des concours, sur certains thèmes en particulier religieux. Elles furent un des vecteurs de diffusion de la réforme dans la région !

Un vitrail de la nef représente une assemblée réunie dans la chapelle du collège des jésuites de Bailleul. Cet établissement destiné à lutter contre le protestantisme par l’éducation, se trouvait à l’emplacement de l’actuel monument aux morts, en descendant vers l’école de dentelle.

 

 


 

Étape 5 Bambecque

 

Aire de repos saint Laurent

Du couvent Saint-Laurent, il ne reste qu’un lieu-dit, un calvaire et une aire d’autoroute ! Le couvent et la chapelle furent en effet vendus et détruits à la révolution. Le lieu néanmoins est pour nous d’importance, puisqu’il fut le point de départ de la crise iconoclaste, le 10 août 1566. Tout commence par un prêche dans les champs de Sébastien Matte. Nous n’avons aucun texte de ces prêches, mais l’on sait par d’autres sources que les prédicateurs y dénonçaient les idoles accumulées dans les églises. Jacques de Buyzere l’accompagnait avec des hommes en armes en raison des risques d’arrestation par les autorités. Le prêche terminé la chapelle est investie et ses images sont détruites.

 

Historique de l’église de Bambecque

L’église de Bambecque  entourée de son cimetière est typique de la Flandre de la contre-réforme. L’église ayant été « en partie détruite par le passage des prétendus réformateurs appelés gueux des bois le 27 janvier 1568 », un nouvel édifice fut reconstruit en 1591-1614  dans le style Hallekerke. C’est une église avec trois vaisseaux ( la nef et les collatéraux) qui permet l’accueil d’un grand nombre de fidèles. La date de 1591 est gravée sur un arc du vaisseau sud.  Le grès ferrugineux visible à la base de la tour-porche (tour à l’entrée par opposition à une tour au centre de l’édifice appelée tour-lanterne. Voir Killem) est une réutilisation . L’église est riche par son mobilier et ses retables.

   Les retables de Bambecque

 

Le retable nord est dédié à la vierge, mais une grotte de Lourdes aujourd’hui dissimulée par un rideau, fut ajoutée au XIXe siècle. Le retable central est orienté vers le thème de la conversion. La statue du saint Omer, patron de la paroisse et évangélisateur de la région, est au centre. Il est entouré de personnages, en statues ou médaillons, qui ont en commun d’avoir été des missionnaires tels François-Xavier, jésuite missionnaire en Asie et Dominique qui lutta contre l’hérésie cathare au XIIIe siècle.

Le retable sud, le plus rutilent, est pour nous le plus intéressant. Il représente au centre Blaise recevant la mitre du ciel. Il est encadré de saint Éloi et de saint Nicolas (remarquez les trois enfants à ses pieds, ressuscités par la saint alors qu’ils venaient d’être « salés comme pourceaux » par un boucher peu regardant ! Au-dessus la foi terrassant l’hydre à trois têtes de l’hérésie est entourée (en médaillons) des autres vertus théologales, l’espérance et la charité.

Ce retable s’inscrit dans la logique de la contre-réforme à travers trois thèmes :

- la lutte contre l’hérésie qui depuis le XVIIe siècle a pris la forme du     protestantisme.

- l’exaltation de la hiérarchie catholique : la fonction épiscopale est d’origine divine et les saints qui ne se reconnaissent pas à leur auréole mais à leur mitre sont tous des évêques.

- la foi, sous-entendue catholique, est réaffirmée. Le saint sacrement est mis en valeur avec le tabernacle devenu très visible au-dessus de l’autel et les représentations d’hosties consacrées.


 

Étape 6 Killem

 

Historique de l’église

La partie primitive de l’édifice en grès ferrugineux est encore visible sur la façade. Il reste de l’église romane ce pignon et trois colonnettes. L’église actuelle a été reconstruite à la fin du XVIe siècle en raison des dégradations liées aux troubles religieux mais aussi pour agrandir l’édifice. Primitivement en croix latine, l’église est alors transformée en hallekerke.

 

Les retables

Le retable nord représente la vierge portant l’enfant Jésus donnant le rosaire à Dominique. Le saint qui a combattu les cathares est à l’origine du rosaire, une prière considérée comme l’arme suprême pour lutter contre l’hérésie…Avec ses 15x10 « je vous salut », le rosaire est plus grand qu’un chapelet.

Au centre l’église catholique est représentée sous les traits d’une femme portant la tiare, animée par le Saint-Esprit sur la poitrine. En dessous saint Michel terrasse le mal faisant triompher la foi formulée par les pères et les apôtres (cf. les médaillons).

Le retable sud représente Nicolas mitré par deux anges. On retrouve au niveau de l’autel les trois enfants ressuscités par le saint. Nous retrouvons ici aussi les grands thèmes de la contre-réforme.

En repartant, remarquez sur votre droite la route du prekehouk, littéralement le coin du prêche, qui rappelle le temps où les protestants assistaient aux prêches dans les champs.

 


 

Étape 7 Hondschoote

 

La chapelle des GueuxFronton de la chapelle dite des gueux. Les noms des prédicateurs protestants coupables de tenir des préches dans le champ derrière la chapelle y sont inscrits.

Cette chapelle expiatoire fut érigée en 1888 sur le lieu des prêches en plein air (1566) de Sébastien Matte. Lors de ces rassemblements, les protestants écoutaient la prédication, mais aussi lisaient la bible, chantaient des psaumes et assistaient aux spectacles présentés par les chambres de rhétoriques. Sébastien Matte prêcha à Bambecque, Killem, Hondschoote sa ville natale et saint Laurent, pour ne reprendre que des lieux que nous avons visités ! C’était un ouvrier textile, un homme du peuple et non un grand théologien formé dans quelque académie. En janvier 1567, un temple protestant étant érigé à Hondschoote, les prêches dans les champs disparaissent.

 

Hondschoote la protestante

L’hôtel de ville du XVIe abrite des panneaux avec les grandes dates de l’histoire de la ville. La période1566-1580 s’inscrit dans notre thème. Hondschoote qui compte aujourd’hui 4 000 habitants en comptait plus de 15000 au XVIe siècle. C’était alors une ville « industrielle » du sud des Pays-Bas espagnols. Les prédicateurs les plus connus s’y sont succédés tels Sébastien Matte, Jean Camerlynck et Jacques de Buyzère. La ville et ses environs furent parmi les derniers bastions à résister, protégés par la tolérance du comte d’Egmont. Le « nid le plus hérétique de Flandre » est néanmoins reconquis par le général espagnol Alexandre Farnèse en 1580. La cité devient partie intégrante de « la catholique Flandre » et voit arriver de nombreux ordres religieux (capucins, jésuites, franciscains…) .

 

L’église Saint-Vaast

L’église Saint-Vaast du XIVe siècle fut gravement endommagée par les Français en 1582, puis restaurée entre 1602 et 1620. Seule la tour blanche (witte torre) n’a pas été détruite et date de 1513. Deux retables vont y retenir notrla vierge donne le rosaire à saint Dominique (Hondschoote)e attention. Celui de saint Sébastien du XVIIe siècle, droit sans ajout latéraux, est moins exubérant et plus sage que les retables du XVIIIe siècle. Il a conservé son autel d’origine, mais le tableau représentant le martyre du saint a été remplacé au XIXe siècle par l’icône actuelle. Il se trouve dans la nef sud adossé à la tourelle de l’escalier. C’est un des rares exemples de retables du XVIIe siècle.

L’autre retable qui mérite notre attention est celui de la vierge. Il apparaît comme une œuvre d’architecture avec des effets de perspective typiquement baroques (colonnes déformées, courbes et contre-courbes, niche très creusée). Dominique y reçoit le rosaire des mains de la vierge. Remarquez également la chaire la plus baroque de Flandre parait-il.

 

 

 

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Published by le gueux des bois - dans Nord
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